Introduction
Tezcatlipoca occupe une place centrale dans la cosmovision aztèque en tant que force omniprésente, capricieuse et toute-puissante. Il est la personnification du changement inconstant, du hasard et de la nature duale de l'existence (ordre et chaos, création et destruction). Son miroir d'obsidienne, dans lequel il voit tout le passé, le présent et l'avenir, symbolise son omniscience et la nature illusoire de la réalité. Plus qu'un simple dieu, il est une essence fondamentale de l'univers.
Origines
Ses origines remontent aux cultures toltèques et même plus anciennes, sous le nom de 'Miroir Fumant' (Tezcatlipoca). Pour les Aztèques, il est l'un des quatre fils du dieu dual Ometeotl, associé à la direction du Nord (Mictlampa), à la couleur noire et à l'élément terre. Il est l'un des quatre Tezcatlipocas, chacun lié à un point cardinal et une couleur : le Noir (notre Tezcatlipoca), le Bleu (Huitzilopochtli), le Rouge (Xipe Totec) et le Blanc (Quetzalcoatl). Il incarne le premier soleil (Nahui Ocelotl), détruit par des jaguars.
Attributs
Son attribut principal est le *tezcatl*, un miroir d'obsidienne poli. Il le porte sur sa poitrine, dans sa main, ou parfois à la place de son pied droit, qu'il a perdu lors de la création du monde en l'utilisant comme appât pour le monstre terrestre Cipactli. Ce miroir reflète les cœurs des hommes et l'avenir sous un voile de fumée, d'où son nom. Il est le maître des *naguales* (formes animales, notamment le jaguar), de la sorcellerie (*naualli*), et de la tentation. Il distribue richesses et gloire, mais aussi misère et maladie, selon son humeur insaisissable. Son souffle pouvait provoquer des maladies incurables.
Mythes
Le mythe fondateur est sa rivalité avec Quetzalcoatl. Ensemble, ils créèrent le Cinquième Soleil (l'ère actuelle) en sacrifiant le dieu Nanahuatzin. Cependant, Tezcatlipoca, par jalousie et malice, corrompt le règne paradisiaque de Quetzalcoatl à Tollan. Il l'enivre avec du *pulque*, le pousse à commettre l'inceste avec sa sœur, et finalement le force à l'exil, marquant la fin de l'âge d'or toltèque. Un autre mythe crucial est celui du *Toxcatl*, où il est incarné par un jeune homme parfait, choisi pour vivre une année de luxe avant d'être sacrifié lors de la fête de son nom, illustrant la nature éphémère du pouvoir et de la beauté.
Culte
Son culte était à la fois craintif et majeur. Le sacrifice humain lui était particulièrement dédié. La cérémonie la plus importante était *Toxcatl*, au mois de mai. Un jeune prisonnier de guerre, physiquement parfait, était choisi pour incarner le dieu pendant un an. Traité comme une divinité vivante, il apprenait la musique et les manières nobles. Vingt jours avant le sacrifice, il épousait quatre jeunes femmes. Le jour venu, il brisait ses flûtes au pied du temple, montait les marches et était sacrifié, son cœur offert au soleil. Son temple principal à Tenochtitlan était le *Tlacochcalco*.
Influence
Tezcatlipoca a profondément influencé la conception aztèque du pouvoir, du destin (*tonalli*) et de la moralité ambiguë des dieux. Dans la culture moderne, il apparaît dans la littérature (comme dans *Les Fils de l'Aigle* de Gary Jennings), les jeux vidéo (*Age of Empires II*, *Smite*), les bandes dessinées et la musique métal, souvent comme symbole de chaos, de tentation ou de rébellion. Il représente une figure théologique complexe, bien différente des dichotomies simples bien/mal.
