Susanoo

Susanoo est le kami shinto des tempêtes, de la mer et des forces naturelles déchaînées. Frère cadet de la déesse du soleil Amaterasu et du dieu de la lune Tsukuyomi, il incarne un caractère tumultueux et ambivalent, capable de destructions terribles mais aussi d'actes héroïques et bénéfiques pour l'humanité.

Introduction

Susanoo-no-Mikoto est l'une des trois divinités nobles nées du rituel de purification d'Izanagi après sa fuite du Yomi, le pays de la souillure et de la mort. Il occupe une place centrale dans le Kojiki et le Nihon Shoki, les chroniques mythologiques fondatrices du Japon. Son tempérament violent et imprévisible, à l'image des tempêtes qu'il représente, le met en conflit avec l'ordre céleste établi par sa sœur Amaterasu, mais il révèle aussi une facette de protecteur et de pourvoyeur de biens précieux. Il incarne ainsi la dualité des forces naturelles, à la fois destructrices et régénératrices.

Origines

Susanoo est né lorsque Izanagi se purifia dans une rivière après son retour du Yomi. Selon le Kojiki, il naquit du nez d'Izanagi, tandis qu'Amaterasu naquit de son œil gauche et Tsukuyomi de son œil droit. Izanagi lui confia la souveraineté sur la plaine des océans (Unabara). Cependant, Susanoo, accablé de chagrin à la pensée de rejoindre le royaume de sa mère défunte Izanami, pleura et gémit si intensément que ses larmes firent dépérir les montagnes et asséchèrent les rivières. Son deuil incontrôlé, manifestation de sa nature excessive, le conduisit à être chassé du Takamagahara (la Plaine du Haut Ciel).

Attributs

Susanoo est la personnification des phénomènes atmosphériques violents : typhons, orages, vents dévastateurs et raz-de-marée. Sa force est prodigieuse et son émotion brute, souvent incontrôlée. Il est aussi associé à la fertilité, car les pluies des tempêtes nourrissent la terre. Son attribut le plus célèbre est l'épée Kusanagi-no-Tsurugi (l'« Épée Faucheuse d'Herbe »), une des trois Regalia impériales du Japon qu'il découvrit dans la queue du dragon Yamata-no-Orochi. Cette épée symbolise à la fois son pouvoir guerrier et son rôle de pourvoyeur d'un trésor pour la lignée impériale. Enfin, après ses excès, il devient une figure de purification, chassant les impuretés et le mal.

Mythes

Le mythe fondateur de Susanoo est son conflit avec Amaterasu. Rongé de chagrin, il monte au Takamagahara pour lui faire ses adieux. Ses actions, perçues comme des défis et des provocations (défécation dans ses rizières, jet d'un poney écorché dans son palais de tissage), plongent le monde dans les ténèbres lorsque la déesse du soleil se retire dans une grotte. Banni des cieux, Susanoo descend sur terre à Izumo. C'est là qu'a lieu son exploit le plus célèbre : le combat contre le dragon à huit têtes et huit queues, Yamata-no-Orochi. Après avoir enivré le monstre avec du saké, il le tue et découvre dans sa queue l'épée Kusanagi. Il sauve ainsi Kushinada-hime, qu'il épouse, et offre l'épée en geste de réconciliation à Amaterasu. Il règne ensuite sur Izumo, où il établit sa lignée, avant de se retirer dans le monde souterrain (Ne-no-Kuni).

Culte

Le principal lieu de culte de Susanoo est le grand sanctuaire d'Izumo (Izumo Taisha), dans la préfecture de Shimane, dédié à Ōkuninushi, considéré comme son descendant. Il est également vénéré dans de nombreux autres sanctuaires à travers le Japon, notamment le sanctuaire de Yasaka à Kyoto (anciennement Gion), où il est invoqué comme protecteur contre les épidémies et les calamités. Ses festivals (matsuri) impliquent souvent des processions de mikoshi (palanquins sacrés) symbolisant la purification et le renouveau. En tant que kami lié à la mer, il est aussi prié par les pêcheurs et les marins pour la sécurité en mer.

Influence

Susanoo reste une figure culturelle majeure au Japon. Il apparaît dans d'innombrables œuvres d'art, pièces de théâtre Nō et Kabuki, mangas, jeux vidéo et anime, où sa personnalité explosive et son statut de héros tragique et rebelle sont souvent mis en avant. Il représente l'archétype du trickster (dieu farceur et perturbateur) et du héros sauvage dont la force brute doit être canalisée pour le bien commun. Son mythe, explorant les thèmes de la rébellion, de l'expiation, du sacrifice et de la rédemption, continue de résonner dans la culture populaire et la psyché japonaise.

Sources

  • Kojiki (Récit des Choses Anciennes, 712)
  • Nihon Shoki (Chroniques du Japon, 720)
  • Fudoki (rapports géographiques et culturels provinciaux)
  • Shinto: The Kami Way de Sokyo Ono
  • The Kojiki: An Account of Ancient Matters traduit par Gustav Heldt
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