Introduction
Sekhmet, dont le nom signifie 'la Puissante', est l'une des déesses les plus redoutables et complexes du panthéon égyptien. Elle incarne la force brute, la chaleur ardente du soleil et la fureur meurtrière, mais aussi son corollaire indispensable : la guérison. Considérée comme l'instrument de la vengeance divine et la protectrice des pharaons au combat, elle est l'incarnation féminine de la puissance solaire destructrice, souvent identifiée à l'Œil de Rê. Son essence est ambivalente : elle répand la peste et la mort, mais les médecins l'invoquent pour les guérir, faisant d'elle une divinité de l'équilibre précaire entre chaos et ordre (Maât).
Origines
Sekhmet émerge de la théologie solaire héliopolitaine. Elle est principalement considérée comme la fille du dieu solaire Rê, créée à partir de son propre œil (l'Œil de Rê, ou Ouadjet) pour punir l'humanité rebelle. Son origine est ainsi intrinsèquement liée au mythe de la Destruction de l'Humanité. Elle est également associée à la ville de Memphis, où elle forme, avec son époux Ptah (le dieu créateur) et leur fils Nefertoum (le lotus parfumé), la triade memphite. Cette association avec Ptah, un dieu de l'ordre et de la création, tempère symboliquement sa nature destructrice et l'intègre dans un cycle cosmique complet.
Attributs
Sekhmet est presque toujours représentée comme une femme à tête de lionne, souvent couronnée du disque solaire et de l'uraeus (cobra dressé). Sa chevelure est parfois stylisée en mèches épaisses. Sa couleur est le rouge, évoquant le sang, le feu et le désert brûlant. Son attribut principal est son pouvoir de souffler le feu et de propager les maladies par son haleine ou ses 'flèches'. Paradoxalement, elle détient aussi le secret des remèdes. Elle porte parfois l'ankh (symbole de vie) et le sceptre de papyrus, signe de vitalité, soulignant son rôle de guérisseuse. Son nom même était considéré comme un pouvoir magique de protection.
Mythes
Le mythe fondateur de Sekhmet est la 'Destruction de l'Humanité'. Rê, vieillissant, constata la rébellion des hommes. Il décida de les anéantir en envoyant son Œil sous la forme de Sekhmet. La déesse se déchaîna, massacrant les humains avec une telle fureur que le Nil fut censé rougir de sang. Pris de remords, Rê voulut l'arrêter, mais elle était devenue incontrôlable. Pour la tromper, il fit répandre sur la terre de la bière teinte en rouge (ou du grenadine) à Éléphantine. Sekhmet, la prenant pour du sang, la but jusqu'à l'ivresse, s'endormit et se réveilla transformée en la douce Hathor, la déesse de l'amour. Ce mythe explique le cycle annuel de la crue du Nil (assimilée à la bière) et les fêtes de l'ivresse en son honneur. Elle joue aussi un rôle dans la protection de Rê contre le serpent Apophis, ennemi de l'ordre cosmique.
Culte
Le culte de Sekhmet était à la fois craintif et dévot. Son principal centre était à Memphis, mais elle était vénérée dans tout le pays, notamment à Karnak (Thèbes) où des centaines de statues lui étaient dédiées. Les prêtres-médecins ('les médecins de Sekhmet') formaient une corporation puissante. Ses rites visaient à apaiser sa colère. Lors des épidémies, on lui faisait des offrandes. Lors de la fête de l'ivresse, on buvait de la bière en abondance pour commémorer son apaisement. Des statues prophylactiques, souvent en granit noir, étaient érigées dans les temples et les demeures pour détourner les maladies. Le pharaon, à la guerre, était comparé à Sekhmet déchaînée contre ses ennemis.
Influence
Sekhmet transcende l'Égypte antique. Dans l'ésotérisme et les courants néopaïens modernes, elle est invoquée comme archétype de la force féminine sauvage, de la colère juste et du pouvoir de transformation par la destruction. Elle apparaît dans la littérature fantastique, les jeux vidéo (comme 'Smite' ou 'Age of Mythology') et les séries, souvent comme un être de pure fureur. En égyptologie, ses nombreuses statues (plus de 700 retrouvées à Karnak) témoignent de son importance culturelle. Elle incarne, dans l'imaginaire contemporain, la reconnaissance que la violence et la douleur font partie intégrante du cycle de la vie et peuvent être canalisées vers la protection et la guérison.
