Introduction
Perséphone incarne la dualité fondamentale de la mythologie grecque : la vie et la mort, la lumière et les ténèbres, la croissance et le dépérissement. En tant que Koré ("la Jeune Fille"), elle représente l'innocence et la fertilité de la nature. En tant que reine des Enfers, elle devient Proserpine, une souveraine puissante et implacable. Cette double nature fait d'elle l'une des déesses les plus complexes et vénérées du panthéon, dont le mythe explique le cycle des saisons et offre une promesse de renaissance après la mort.
Origines
Perséphone est née de l'union de Zeus, roi des dieux, et de Déméter, déesse de l'agriculture. Son mythe central, l'« Enlèvement de Perséphone » (ou « Rapt de Proserpine »), est principalement raconté dans l'« Hymne homérique à Déméter », un texte archaïque fondamental. Son nom est probablement pré-grec, peut-être dérivé d'une déesse minoenne de la nature. Son assimilation à la Proserpine romaine fut totale, et son culte, notamment à travers les Mystères d'Éleusis, perdura jusqu'à la fin de l'Antiquité.
Attributs
Perséphone possède une double souveraineté. Dans les Enfers, elle partage le trône avec Hadès, juge les âmes aux côtés de son époux et possède une autorité absolue sur le monde souterrain. Elle est crainte et respectée. Sur Terre, en tant que Koré, elle est la force vitale qui fait germer les graines et fleurir les champs. Son pouvoir sur la végétation est directement lié à son séjour cyclique : son absence hivernale cause la stérilité, son retour printanier la renaissance. La grenade, fruit des morts, symbolise son lien indissoluble avec les Enfers, tandis que les épis de blé représentent son héritage maternel et son rôle nourricier.
Mythes
Le mythe fondateur est son enlèvement. Alors qu'elle cueillait des fleurs, Hadès, avec l'accord de Zeus, surgit de la terre et l'emporta dans son char pour en faire son épouse. Déméter, folle de douleur, erra sur Terre, causant une grande famine. Zeus intervint finalement et ordonna le retour de Perséphone, à condition qu'elle n'ait rien mangé aux Enfers. Mais elle avait consommé quelques grains de grenade, ce qui la lia éternellement au monde souterrain. Un compromis fut trouvé : elle passerait un tiers de l'année (l'hiver) avec Hadès comme reine des Morts, et les deux autres tiers (printemps, été) avec sa mère, permettant à la nature de refleurir. D'autres mythes la montrent intervenant dans les histoires d'Orphée (qu'elle laissa repartir avec Eurydice, conditionnellement) et d'Adonis (dont elle se partagea la compagnie avec Aphrodite).
Culte
Le culte de Perséphone était indissociable de celui de Déméter et culminait dans les Mystères d'Éleusis, les rites initiatiques les plus sacrés de la Grèce antique. Ces cérémonies secrètes, ouvertes à tous (hommes, femmes, esclaves), promettaient aux initiés une condition privilégiée dans l'au-delà et une compréhension du cycle de la vie, de la mort et de la renaissance, symbolisé par le destin de Perséphone. Des sanctuaires (théâtres souterrains appelés *ploutonia* ou *persephoneia*) lui étaient dédiés, comme à Locres en Italie ou à Cyzique. Des fêtes comme les *Thesmophories*, réservées aux femmes, célébraient également sa puissance fertile et chthonienne.
Influence
Perséphone reste une figure puissante dans la culture moderne. Elle inspire la littérature (de Milton à Margaret Atwood), la psychanalyse (où son enlèvement est vu comme une allégorie de l'initiation, du trauma ou de la relation mère-fille), et les mouvements néo-païens. Son mythe est constamment réinterprété dans la peinture (Le Bernin, Rossetti), l'opéra et le cinéma. Elle symbolise la résilience, la transformation et l'idée que la lumière ne peut exister sans la connaissance des ténèbres. Son histoire résonne comme une métaphore archétypale des cycles de la nature, de la perte et de la régénération.
