Introduction
Izanagi-no-Mikoto, littéralement 'l'Auguste Mâle qui Invite', est l'une des divinités primordiales du Kojiki et du Nihon Shoki, les chroniques mythologiques du Japon. Avec sa contrepartie féminine Izanami, il forme le couple créateur à l'origine de l'archipel japonais (le pays d'Ashihara-no-Nakatsu-kuni) et de la plupart des kami (esprits ou divinités) qui l'habitent. Son histoire est un mythe fondateur central du shintoïsme, expliquant l'origine du monde, la séparation entre la vie et la mort, et l'institution des rites de purification (misogi).
Origines
Izanagi et Izanami émergent parmi les derniers des Sept Générations des Dieux Célestes (Kamiyonanayo), nés après la formation du Ciel et de la Terre. Les dieux primordiaux leur confièrent la tâche de donner forme et consistance à la terre, qui n'était alors qu'une masse flottante et informe. Ils reçurent pour cela la lance céleste Ame-no-Nuboko, ornée de joyaux. Depuis le Pont Flottant du Ciel (Ame-no-ukihashi), ils brassèrent l'océan chaotique avec la lance. Les gouttes d'eau salée qui tombèrent de sa pointe se solidifièrent pour former la première île, Onogoro-shima. Ils y descendirent pour y établir leur demeure et poursuivre l'acte de création.
Attributs
Izanagi incarne les principes masculins, célestes, lumineux et ordonnés. Son attribut principal est la lance Ame-no-Nuboko, symbole de création et d'impulsion vitale. Après son retour du Yomi, il devient une figure de purification et de renaissance. Les objets qu'il crée ou utilise lors de sa purification (le miroir Yata no Kagami, l'épée Kusanagi-no-Tsurugi, les joyaux magiques Yasakani no Magatama) deviennent les Regalia Impériaux du Japon, symboles de l'autorité de l'Empereur, descendant d'Amaterasu. Son pouvoir s'exprime dans la capacité à engendrer des kami par son seul geste ou son regard.
Mythes
Le mythe principal est celui de la Création et de la Descente au Yomi. Après avoir créé les îles et de nombreux kami, Izanami meurt en donnant naissance au dieu du feu, Kagutsuchi. Fou de chagrin et de colère, Izanagi tue Kagutsuchi, puis décide de descendre au Yomi (le monde souterrain des morts) pour ramener son épouse. Izanami lui demande de ne pas la regarder, mais Izanagi, impatient, allume une torche. Il découvre horrifié son corps en décomposition, peuplé de démons. Pris de panique, il s'enfuit, brisant ainsi le pacte. Izanami, humiliée et furieuse, le poursuit avec les hordes du Yomi. Izanagi bloque l'entrée avec un énorme rocher, scellant la séparation définitive entre le monde des vivants (qu'il gouverne) et celui des morts. Ce mythe explique l'origine de la mort et son irréversibilité. À son retour, souillé par la souillure (kegare) du monde des morts, Izanagi effectue un rituel de purification (misogi) dans un fleuve. De ses vêtements et ablutions naissent de nouveaux kami : Amaterasu (de son œil gauche), Tsukuyomi (de son œil droit) et Susanoo (de son nez). Il confie ensuite la gouvernance du monde à ces trois enfants majeurs.
Culte
Bien qu'étant une divinité primordiale, Izanagi n'a pas un culte aussi répandu que celui de sa fille Amaterasu, vénérée au grand sanctuaire d'Ise. Le principal sanctuaire qui lui est dédié est le Izanagi-jingu, situé à Awaji (préfecture de Hyōgo), considéré comme le lieu de la première création. De nombreux autres sanctuaires à travers le Japon l'incluent dans leur culte, souvent aux côtés d'Izanami. Les rites de purification (misogi, harai) qu'il a institués sont un pilier central de la pratique shintoïste, visant à éliminer les impuretés spirituelles et à restaurer la pureté originelle.
Influence
L'influence d'Izanagi est profonde et pérenne. En tant que père de la lignée impériale (par Amaterasu), il est une figure ancestrale mythique du Japon. Son mythe structure la cosmogonie japonaise et les concepts de pureté/impureté. Il inspire continuellement la culture populaire : mangas, jeux vidéo (comme la série *Megami Tensei* ou *Okami*), anime et littérature le reprennent comme un dieu créateur puissant. Son voyage au Yomi est souvent comparé à d'autres mythes comme celui d'Orphée, illustrant un archétype universel. Il reste le symbole de la création, de la résilience face à la mort et de l'importance vitale de la purification.
