Ishtar

Ishtar, l'une des divinités les plus importantes et complexes du Proche-Orient ancien, est la déesse de l'amour charnel et de la guerre, incarnant les forces paradoxales de la création et de la destruction, de la vie et de la mort.

Introduction

Ishtar (forme akkadienne) ou Inanna (forme sumérienne) est la grande déesse de l'ancienne Mésopotamie, dont le culte s'étend sur plus de trois millénaires. Elle transcende les catégories simples : à la fois séductrice et guerrière, elle est la personnification du pouvoir souverain, de la passion débridée et de la férocité au combat. Son caractère ambivalent reflète les cycles de la nature et les réalités du pouvoir politique. Elle est la 'Reine du Ciel', une figure centrale dans la religion et la royauté, liant la prospérité du pays à la faveur de la déesse.

Origines

Ishtar trouve ses racines dans la déesse sumérienne Inanna, vénérée dès le IVe millénaire avant notre ère à Uruk, sa ville principale. Son importance grandit avec l'ascendance des empires akkadien, babylonien et assyrien, qui adoptent et adaptent son culte. Elle assimile les attributs de diverses divinités locales, devenant une figure pan-mésopotamienne. Son nom se diffuse dans tout le Levant (Astarté chez les Phéniciens, peut-être influençant Aphrodite chez les Grecs). Elle est la fille du dieu-lune Sîn (Nanna en sumérien) et de la déesse Ningal, et la sœur du dieu-soleil Shamash et de la déesse des enfers Ereshkigal.

Attributs

Ishtar possède deux aspects fondamentaux et apparemment contradictoires. En tant que déesse de l'amour et de la fertilité, elle préside aux relations sexuelles, au plaisir, à la procréation et à l'abondance des récoltes. Elle est célébrée dans la poésie érotique et les rites de mariage sacré (hiérogamie). En tant que déesse de la guerre et de la justice, elle est une combattante redoutable, armée d'arc et de carquois, chevauchant un lion, inspirant la terreur sur le champ de bataille et garantissant la victoire du roi. Elle incarne le pouvoir royal et légitime la dynastie régnante. Ses symboles, comme l'étoile à huit branches, représentent la planète Vénus, l'étoile du matin et du soir, illustrant sa nature double.

Mythes

Les mythes majeurs d'Ishtar/Inanna révèlent sa puissance et son ambition. Le plus célèbre est 'La Descente d'Inanna aux Enfers', où elle défie sa sœur Ereshkigal, reine du monde souterrain. Dépouillée de ses attributs et tuée, elle ne ressuscite que grâce à l'intervention des dieux, mais doit fournir un substitut pour prendre sa place : son époux Dumuzi (Tammuz), qui passe ainsi une partie de l'année dans les enfers, expliquant le cycle des saisons. Un autre mythe, 'Inanna et le Dieu de la Sagesse', la montre acquérant les 'me' (décrets fondamentaux de la civilisation) par la ruse auprès du dieu Enki. Le mythe akkadien de 'La Descente d'Ishtar aux Enfers' montre son pouvoir d'arrêter toute vie sexuelle et procréation sur terre lors de son absence, démontrant son contrôle absolu sur ces forces.

Culte

Le culte d'Ishtar était extrêmement répandu. Son temple principal, l'Eanna ('Maison du Ciel'), se trouvait à Uruk. Ses prêtresses, dont des hiérodules (nadītu), jouaient un rôle important. Les rites impliquaient des processions, des offrandes et des lamentations pour la mort de Dumuzi. La cérémonie du 'Mariage Sacré' était cruciale : le roi, incarnant Dumuzi, s'unissait symboliquement à la déesse (représentée par une grande prêtresse) pour assurer la fertilité du pays et légitimer son règne. Des temples lui étaient dédiés dans toutes les grandes villes, d'Assur à Ninive, Babylone (où elle était la parèdre de Marduk) et jusqu'en Syrie.

Influence

L'influence d'Ishtar est profonde. Elle est la source directe de la déesse phénicienne Astarté, qui influence à son tour la grecque Aphrodite et la romaine Vénus (dans leur aspect guerrier). Des échos de ses mythes, notamment la descente aux enfers et la mort/resurrection de l'époux, se retrouvent dans d'autres traditions mythologiques. Dans la culture moderne, son nom est utilisé dans les jeux vidéo, la littérature fantasy et les œuvres artistiques comme archétype de la déesse puissante et complexe. Elle demeure un sujet d'étude essentiel pour comprendre la religion, la société et la conception du féminin divin dans les premières civilisations.

Sources

  • Textes cunéiformes sumériens et akkadiens
  • L'Épopée de Gilgamesh (Tablette VI)
  • Hymnes et prières à Ishtar/Inanna
  • Travaux de Samuel Noah Kramer
  • Travaux de Thorkild Jacobsen
  • Travaux de Jean Bottéro
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