Introduction
Bacchus, assimilation romaine du dieu grec Dionysos, est bien plus qu'une simple divinité de la vigne. Il représente la force vitale et sauvage de la nature, le principe de l'ivresse libératrice et destructrice, et l'instigateur des arts dramatiques. Son essence est double : il apporte la joie, la convivialité et l'inspiration, mais aussi la folie, la démesure et la terreur. Adoré à la fois dans des cérémonies publiques joyeuses (les Bacchanales) et dans des mystères initiatiques secrets, Bacchus est un dieu complexe qui défie les catégories simples.
Origines
Le culte de Bacchus est importé en Italie vers le VIe ou Ve siècle avant J.-C., probablement via la Grande-Grèce (Italie du Sud). Il se greffe sur des divinités italiques plus anciennes comme Liber Pater, dieu de la fertilité et de la liberté. Le Sénat romain, alarmé par la nature secrète et subversive des rites bacchiques qui échappaient à son contrôle, tenta de réprimer violemment le culte en 186 av. J.-C. lors de l'affaire des « Bacchanales ». Cette répression, documentée par l'historien Tite-Live, conduisit à une réglementation stricte mais non à une éradication. Par la suite, le culte fut intégré de manière plus contrôlée dans la religion officielle.
Attributs
Bacchus possède des pouvoirs liés à la transformation et à l'illusion. Il est maître de la vigne, qu'il fait pousser miraculeusement. Son pouvoir principal est l'*enthousiasmos* (l'« avoir un dieu en soi »), un état d'extase divine qui peut se manifester par une joie créatrice ou une folie destructrice. Il peut inspirer la fureur poétique et théâtrale, mais aussi provoquer la folie meurtrière, comme dans le mythe des filles de Minyas ou de Penthée. Il libère les individus de leurs inhibitions, dissout les identités et renverse temporairement l'ordre social, ce qui le rend à la fois fascinant et dangereux.
Mythes
Les mythes associés à Bacchus/Dionysos sont nombreux. Sa naissance est miraculeuse : sa mère mortelle, Sémélé, périt en demandant à voir Jupiter dans toute sa splendeur. Le dieu sauva l'embryon de Bacchus et le couda dans sa cuisse jusqu'à sa « seconde naissance ». Parmi ses exploits, la conquête des Indes est un thème important. Le mythe central est celui de Penthée, roi de Thèbes, qui refuse son culte. Bacchus, déguisé, ensorcelle Penthée et l'entraîne à épier les rites secrets des Ménades, dont sa propre mère Agavé. Pris de folie collective, les femmes le déchirent, croyant tuer un lion. Ce mythe illustre le châtiment réservé à ceux qui nient la puissance du dieu. Un autre récit célèbre est sa rencontre avec le pirate tyrrhénien : Bacchus transforme les mâts du navire en vignes, remplit le bateau de fauves et change les pirates en dauphins, sauvant le seul marin qui avait tenté de le défendre.
Culte
Le culte de Bacchus se pratiquait à deux niveaux. Publiquement, les *Bacchanalia* étaient des fêtes joyeuses et bruyantes, souvent associées aux *Liberalia* (17 mars), célébrant la liberté et le vin nouveau. Plus significatif était le culte à mystères, réservé aux initiés (*Bacchoi* ou *Bacchae*). Ces rites nocturnes, souvent en pleine nature, impliquaient des processions avec torches, de la musique (tambourins et flûtes), des danses frénétiques, et probablement la consommation de vin et d'autres substances pour atteindre l'état d'extase (*mania*) et l'union avec le dieu. Les initiés, hommes et femmes (les Bacchantes ou Ménades), recherchaient une libération spirituelle et une promesse de vie après la mort. Des temples lui étaient dédiés, et son image était omniprésente dans l'art romain, des fresques de Pompéi aux sarcophages.
Influence
L'influence de Bacchus est immense et durable. Il est le père symbolique du théâtre occidental : les tragédies et comédies grecques étaient jouées lors des fêtes de Dionysos. Dans l'art, de la Renaissance (Titien, Michel-Ange) à l'époque moderne (Nietzsche), il incarne la force vitale dionysiaque, opposée à l'ordre apollinien. En psychanalyse, le « dionysiaque » représente les pulsions de l'inconscient. Son nom est associé aux fêtes (*bacchanales*), à l'ivresse (*être ivre de Bacchus*), et bien sûr au vin. Il reste une figure puissante dans la culture populaire, évoquant l'abandon, la créativité et la transgression des limites.
