Introduction
Anu (ou An en sumérien) occupe la position la plus élevée dans le panthéon mésopotamien, transcendant les époques sumérienne, akkadienne, babylonienne et assyrienne. Il personnifie le Ciel lui-même, à la fois comme élément cosmique et comme siège de la souveraineté divine. Son nom signifie littéralement « ciel » ou « celui qui est haut ». Il est le roi des dieux (il Anum, « dieu Ciel »), le détenteur de l'autorité ultime (Anutu) et le garant de l'ordre établi. Sa nature est souvent décrite comme distante et transcendante, déléguant l'action directe à ses enfants, notamment Enlil et Enki, mais son assentiment reste indispensable pour toute entreprise majeure, divine ou humaine.
Origines
Les origines d'Anu remontent aux plus anciennes couches de la religion sumérienne (dès le 3e millénaire av. J.-C.). Dans la liste divine An = Anum, il est placé au sommet. L'épopée de la création babylonienne, l'Enuma Elish, raconte sa généalogie divine : il est le fils d'Apsû (l'Abîme des eaux douces) et de Tiamat (la Mer salée), et le père des grands dieux Enlil et Ea. En triomphant de ses parents primordiaux, il établit l'ordre cosmique et devient le souverain du ciel. Son association avec la ville d'Uruk, où se trouvait son principal temple, l'Eanna (maison du ciel), fut particulièrement forte, bien que son culte fût répandu dans toute la Mésopotamie.
Attributs
Anu incarne l'autorité souveraine et passive. Son pouvoir principal réside dans le décret des destins (les « me » ou « parṣu »), les lois fondamentales et les pouvoirs qui régissent l'univers et la civilisation. Il confère la royauté légitime (le « sceptre et la couronne ») aux souverains humains. Il est le juge suprême des dieux, présidant les assemblées divines où les décisions capitales sont prises. Bien que peu actif dans les récits épiques, sa colère ou sa faveur sont redoutées. Il est souvent invoqué dans les serments et les malédictions, car sa parole est irrévocable. Il est également associé au calendrier et au chiffre 60, base du système sexagésimal mésopotamien, symbole de perfection et de totalité.
Mythes
Anu joue un rôle crucial mais souvent en arrière-plan dans les mythes. Dans l'Enuma Elish, après la victoire de Marduk, c'est à Anu que revient le ciel comme domaine. Dans le mythe d'Adapa, c'est Anu qui convoque le sage humain Adapa au ciel après qu'il eut brisé les ailes du Vent du Sud. Il offre à Adapa le « pain et l'eau de vie » qui conféreraient l'immortalité, mais Adapa, trompé par Enki, refuse, scellant le destin mortel de l'humanité. Dans le mythe d'Inanna et du Huluppu, c'est à Anu qu'Inanna s'adresse pour obtenir de l'aide. Le mythe d'Anzû raconte comment le démon-oiseau Anzû vole les Tablettes des Destins du sanctuaire d'Enlil, provoquant une crise cosmique que seul Ninurta, avec la bénédiction d'Anu, peut résoudre, restaurant ainsi l'autorité divine.
Culte
Le culte d'Anu, bien que pan-mésopotamien, était central à Uruk, où son temple principal, l'Eanna (« Maison du Ciel »), était partagé avec Inanna/Ishtar. D'autres centres de culte importants existaient à Der et à Assur. En tant que dieu suprême, il recevait des offrandes et des prières, mais son culte était moins personnel et direct que celui des dieux agissants comme Enlil ou Marduk. Les rois se plaçaient sous sa protection pour légitimer leur règne, se proclamant souvent « élu d'Anu ». Sous la dynastie séleucide (IIIe siècle av. J.-C.), un gigantesque temple, le Bit Resh (« Première Maison »), lui fut dédié à Uruk, témoignant de la longévité de son importance.
Influence
L'influence d'Anu est profonde et indirecte. Il est l'archétype du dieu-père céleste et souverain, un concept qui réapparaît dans d'autres panthéons (comme Zeus/Jupiter dans le monde gréco-romain, bien que ces derniers soient beaucoup plus interventionnistes). Son statut de figure d'autorité distante a influencé la théologie et la conception du pouvoir dans l'antiquité proche-orientale. Dans les études modernes, il est une figure clé pour comprendre la structure hiérarchique et la cosmologie des civilisations mésopotamiennes. Il apparaît également dans la culture populaire, notamment dans les jeux vidéo et la littérature fantastique s'inspirant de la mythologie, souvent comme une entité ancienne et puissante.
