Introduction
Amon incarne l'essence du divin insaisissable et caché. Originaire de Thèbes, son ascension fulgurante le propulse au sommet du panthéon égyptien, fusionnant avec le dieu solaire Rê pour devenir Amon-Rê, le démiurge universel, maître absolu de la création et soutien divin de la monarchie pharaonique. Son pouvoir transcende les concepts traditionnels, le définissant comme le « ba » (l'âme-manifestation) de toute chose, à la fois immanent et transcendant.
Origines
Les premières attestations d'Amon remontent à la XIe dynastie (vers 2134-1991 av. J.-C.) comme divinité locale de Thèbes, associée à la fertilité et au vent. Sa nature fondamentale est exprimée dans son nom, « Imn », signifiant « Le Caché » ou « L'Inconnaissable ». Théologiquement, il est intégré à l'Ogdoad d'Hermopolis, système cosmogonique où il forme, avec son épouse Amonet, le couple représentant le « caché » et l'« invisible », forces primordiales du chaos liquide (le Noun) précédant la création. Cette origine abstraite lui confère une dimension philosophique unique.
Attributs
Amon est le dieu de l'air et du souffle vital, élément invisible mais essentiel. En tant qu'Amon-Rê, il devient la force solaire créatrice, parcourant le ciel en journée et régénérant le monde chaque matin. Il est le « Seigneur du Trône des Deux Terres », garant de la légitimité pharaonique : le roi est son « fils » charnel. Son association avec le bélier, animal de grande vigueur procréatrice, souligne son aspect de dieu de la fertilité et de la force génésique. Son attribut principal, la couronne à deux hautes plumes d'autruche, surmontée d'un disque solaire, synthétise sa souveraineté et son lien avec Rê.
Mythes
Amon n'est pas le héros de grands cycles mythologiques comme Osiris. Son rôle principal est d'intervenir dans l'histoire humaine, notamment comme père divin des pharaons. Le mythe de la théogamie (mariage divin) est central : Amon prend l'apparence du pharaon régnant pour s'unir à la reine et engendrer son héritier, assurant ainsi la continuité divine de la lignée. Un texte célèbre, « L'Enfantement de la Royauté Divine », décrit ainsi la conception de la reine-pharaon Hatchepsout. Il est aussi le dieu qui écoute les prières des humbles, « vizir des pauvres », accessible à la dévotion personnelle.
Culte
Le centre de son culte est le temple de Karnak à Thèbes, le plus grand complexe religieux du monde antique, agrandi pendant près de 2 000 ans. Son clergé, dirigé par un « Premier Prophète d'Amon », devint une puissance économique et politique colossale, rivalisant parfois avec le pharaon. Le principal rituel était la procession de la barque sacrée contenant la statue du dieu, portée en cortège lors des grandes fêtes comme l'opulente « Fête d'Opet ». Son oracle était consulté pour des décisions d'État. Le temple de Louxor était son « harem du sud », lieu de régénération annuelle de la force royale.
Influence
L'influence d'Amon dépasse l'Égypte. Adopté en Nubie (où il est vénéré au Gebel Barkal), il est assimilé au Zeus grec (d'où le nom de la ville de Diospolis, « Cité de Zeus », pour Thèbes) et au Jupiter romain. La tentative du pharaon Akhenaton de le supplanter par le disque solaire Aton (l'Atonisme) témoigne de son pouvoir écrasant, auquel on revient après cette parenthèse. Bien que son culte décline avec la fin de la religion égyptienne antique, sa figure de dieu caché et créateur universel fascine encore les ésotéristes et les historiens des religions, et ses temples monumentaux continuent d'incarner l'apogée de l'architecture sacrée égyptienne.
