Introduction
Le lutin est une figure centrale du petit peuple dans le folklore de l'Europe de l'Ouest, particulièrement en France. Bien plus qu'un simple farceur, il représente l'esprit d'un lieu, une entité intermédiaire entre le monde humain et le monde invisible, dont le comportement reflète le traitement que les hommes réservent à leur environnement et à leurs traditions.
Description
Le lutin est un être complexe aux facettes multiples. Dans les traditions paysannes, il est souvent un esprit domestique (un « génie du foyer ») qui hante une ferme ou une maison. La nuit, il peut réaliser des tâches ménagères (balayer, traire les vaches, soigner les bêtes) si on le traite avec respect (en lui laissant un bol de crème ou un peu de nourriture). Cependant, son caractère est lunatique : une offense, même minime, le transforme en farceur taquin. Il est célèbre pour emmêler les crinières des chevaux (on parle de « nœuds de lutins »), cacher les objets, éteindre les chandelles ou faire des bruits nocturnes. Il existe de nombreuses variantes régionales : le *Lutin* de Normandie, le *Lutun* ou *Nuiton* de Bretagne, le *Lob* ou *Lobelin* du Poitou, et le *Lutin* des Ardennes, souvent plus sauvage.
Origines
Les origines du lutin sont païennes et probablement pré-chrétiennes. Il descend vraisemblablement des *lares* romains (esprits protecteurs du foyer) et des génies locaux celtes et germains, ces esprits de la nature que l'on cherchait à apaiser. Avec la christianisation, ces entités bienveillantes ou neutres ont été progressivement diabolisées ou minimisées en créatures espiègles, reléguées au rang de superstitions. Le terme « lutin » lui-même vient du vieux français *luisant* (brillant) ou *Neptune*, évoquant ainsi un lien avec les esprits des eaux ou les phénomènes lumineux étranges (feux follets).
Recits
De nombreux contes folkloriques mettent en scène les lutins. Un récit normand célèbre raconte comment un lutin, pris en flagrant délit de tressage de crinière, se voit offrir une veste par le fermier en remerciement de son travail ; offensé par ce « salaire » qui le lie au maître, le lutin disparaît à jamais. Un autre conte breton relate l'histoire d'un lutin qui guide un paysan perdu dans la lande en échange de sa discrétion. Les « courses de lutins », où ils montent des chevaux toute la nuit jusqu'à l'épuisement des bêtes, sont aussi un thème récurrent.
Symbolisme
Le lutin symbolise l'inconnu et l'imprévisible dans le quotidien. Il personnifie les petits accidents domestiques, les bruits inexpliqués de la maison, la fertilité ou la stérilité inexplicable du bétail. Il est le gardien des traditions : il punit la paresse, la malpropreté et l'irrespect envers les anciens usages. Psychologiquement, il peut représenter l'esprit espiègle, l'inconscient qui joue des tours, ou la part sauvage et incontrôlable de la nature (y compris humaine) qui coexiste avec la vie ordonnée du foyer.
Culture Populaire
Le lutin a largement influencé la culture populaire. Il est l'ancêtre direct des *house-elves* (elfes de maison) comme Dobby dans *Harry Potter*. Il apparaît dans les contes de Charles Perrault et des frères Grimm (sous des noms variés). Dans la littérature fantasy moderne, il est souvent assimilé aux gobelins, aux hobbits ou aux pixies. Au Québec, le « lutin » est une figure importante du folklore, souvent associé au père Noël. Il est aussi très présent dans les jeux de rôle (comme *Donjons & Dragons*) et les jeux vidéo, où il incarne généralement une créature magique, farceuse ou malicieuse.
