Introduction
Le Lamassu est l'une des créatures mythologiques les plus emblématiques et reconnaissables de l'ancienne Mésopotamie. Bien plus qu'une simple statue décorative, ce génie hybride colossal incarnait la puissance protectrice de la royauté et des dieux, servant de gardien physique et spirituel aux entrées des cités et des palais assyriens. Son apparence composite synthétise les qualités les plus admirées du monde animal et humain.
Description
La représentation du Lamassu est rigoureusement codifiée. La tête humaine, toujours de face et barbue, représente l'intelligence et la sagesse, souvent assimilée au souverain ou à un visage idéalisé. Les cornes de la tiare indiquent son statut divin ou semi-divin. Le corps de taureau (plus courant en Assyrie) symbolise la force brute, la fertilité et la puissance terrestre, tandis que le corps de lion (plus ancien, en Sumer) évoque la royauté et la férocité guerrière. Les grandes ailes d'aigle déployées l'associent au domaine céleste et à la vitesse. La célèbre cinquième patte, une innovation artistique assyrienne, permet à la créature de paraître à la fois immuable de face (gardant son poste) et en marche de profil, prête à agir. Ces sculptures, pouvant mesurer jusqu'à 5 mètres de haut, étaient taillées dans l'albâtre gypseux.
Origines
Les origines du Lamassu remontent à la période sumérienne (IIIe millénaire av. J.-C.), où il était connu sous le nom de « lama » ou « lamassu », un esprit protecteur féminin. Son équivalent masculin était le « shedu ». Initialement de plus petite taille et souvent représenté sans ailes, sa fonction protectrice était déjà établie. C'est sous l'Empire néo-assyrien (IXe-VIIe siècles av. J.-C.), avec les grands chantiers de rois comme Sargon II à Dur-Sharrukin (Khorsabad) et Assurnazirpal II à Nimrud, que le Lamassu acquiert sa forme monumentale et canonique, devenant un élément central de l'iconographie de la puissance impériale.
Recits
Bien que peu de récits mythologiques spécifiques aux Lamassu nous soient parvenus intacts, leur rôle est clairement défini par les inscriptions et l'iconographie. Ils sont souvent invoqués dans les textes de fondation des palais. Un texte d'Assurnazirpal II proclame : « Des taureaux colossaux et des *lamassu* de pierre brillante, je les ai placés à leurs portes. » Ils apparaissent également dans l'iconographie de l'« Arbre de Vie », qu'ils semblent protéger ou polliniser. Leur présence aux portes était censée repousser toute influence maléfique et assurer la pérennité de l'édifice et de son occupant royal.
Symbolisme
Le Lamassu est une quintessence du symbolisme de protection et de souveraineté. Il représente la synthèse des domaines cosmiques : la tête (l'homme) pour la raison et le ciel, le corps (le taureau/lion) pour la terre et la force, les ailes (l'aigle) pour l'air et le divin. Il est le gardien du seuil entre le monde profane et l'espace sacré du pouvoir royal, entre l'ordre et le chaos. Il matérialise l'autorité du roi, lieutenant des dieux sur terre, chargé de maintenir l'ordre contre les forces du désordre. Son regard fixe et imposant était destiné à inspirer la crainte aux ennemis et le respect aux sujets.
Culture Populaire
Le Lamassu a connu une renaissance dans la culture moderne, surtout après la redécouverte des sites assyriens au XIXe siècle. Il apparaît dans des jeux vidéo (comme la série « Final Fantasy » où il est un boss ou une invocation), dans des univers fantastiques (comme « The Elder Scrolls »), et dans des œuvres littéraires. Il est souvent utilisé comme symbole de sagesse ancienne et de gardiennage mystique. Les reproductions de Lamassu assyriens sont des pièces maîtresses dans les grands musées comme le British Museum et le Louvre, où ils continuent d'impressionner les visiteurs par leur scale et leur puissance artistique.
