Gobelin

Créature maléfique du folklore européen, le gobelin est un petit humanoïde laid, rusé et espiègle, vivant dans l'ombre et se plaisant à tourmenter les humains par des farces cruelles ou des vols. Il incarne les peurs liées à l'inconnu des souterrains et de la nuit.

Introduction

Le gobelin est l'une des figures les plus emblématiques et polymorphes du bestiaire fantastique européen. Bien plus qu'un simple « petit monstre », il incarne un archétype de la malice, de la ruse et de la perturbation de l'ordre humain. De l'esprit domestique facétieux au pillard cruel des cavernes, son image a évolué au fil des siècles pour finalement se cristalliser dans la fantasy moderne comme une race humanoïde belliqueuse et prolifique.

Description

Le gobelin est fondamentalement une créature du désordre. Contrairement aux nains, artisans respectés, ou aux elfes, êtons nobles, le gobelin est chaotique, sale et imprévisible. Son intelligence est tournée vers la tromperie, la création de pièges ingénieux et le vol. Il n'est pas un guerrier puissant en combat frontal, mais un adversaire sournois qui attaque en groupe ou par surprise. Dans le folklore, ses méfaits vont du simple chapardage de nourriture et du déplacement d'objets dans une maison, au kidnapping d'enfants (qu'il remplace parfois par un « changelin »), en passant par l'effrayement des voyageurs égarés et le sabotage du travail des mineurs ou des forgerons. Il est souvent associé à la richesse souterraine, gardant jalousement des trésors qu'il ne peut lui-même apprécier pleinement.

Origines

Le terme « gobelin » apparaît au XIIe siècle en France (peut-être dérivé du grec « kobalos », esprit malicieux, ou de l'ancien français « gobelin »). Il se diffuse rapidement dans le folklore germanique (« kobold ») et britannique. À l'origine, la frontière entre gobelin, lutin, kobold et hobgoblin est très floue. Les gobelins étaient souvent considérés comme des esprits de la terre ou du foyer dégénérés, devenus malveillants. Le « hobgoblin » (comme Puck dans le folklore anglais) était parfois une version moins malfaisante, simplement espiègle. Leur petite taille et leur laideur les relèguent au rang de créatures marginales, vivant à la lisière du monde humain, reflétant les peurs des populations rurales face à l'inconnu des forêts et des souterrains.

Recits

Dans la littérature, les gobelins apparaissent notamment dans « Le Songe d'une nuit d'été » de Shakespeare, où Puck est un hobgoblin espiègle. Ils jouent un rôle central dans le poème « The Goblin Market » (1862) de Christina Rossetti, une allégorie sur la tentation et le rachat. Le roman « Princesse et la Gobeline » (1872) de George MacDonald oppose un monde souterrain de gobelins difformes à la surface. Le folklore allemand regorge d'histoires de kobolds (une variante) sabotant les mines ou aidant (s'ils sont traités avec respect) les ménages. En France, le gobelin est souvent associé à la ville de Caen, où une légende médiévale parle d'un gobelin, le « Gobilin », qui hantait les rives de l'Orne.

Symbolisme

Le gobelin symbolise les forces chaotiques et destructrices tapies dans l'ombre. Il représente la peur de l'inconnu, de ce qui est difforme et socialement inacceptable. Psychologiquement, il peut incarner les pulsions négatives, la jalousie et la malice mesquine. En tant que créature souterraine, il est lié à l'inconscient et aux aspects refoulés de l'humanité. Sa nature thésauriseuse mais improductive critique l'avarice stérile. Dans un contexte social, les gobelins ont parfois servi de métaphore pour les classes pauvres ou marginalisées, perçues comme une menace sournoise par les élites.

Culture Populaire

Les gobelins ont été radicalement popularisés et standardisés par le jeu de rôle « Donjons & Dragons » (années 1970), qui en a fait une race humanoïde faible mais prolifique, vivant en tribus et constituant une menace commune pour les aventuriers débutants. Cette vision a influencé énormément d'œuvres ultérieures : les jeux vidéo (la série « Warcraft » où ils sont des ingénieurs maniaques, « Warhammer »), la littérature fantasy (la Terre du Milieu de J.R.R. Tolkien, où ils sont une version dégénérée des Orques) et le cinéma (« Legend » de Ridley Scott, « Labyrinth », « Le Seigneur des Anneaux »). Dans la culture japonaise, le « goblin » a été réinterprété, donnant naissance à des créatures comme les gobelins dans « Goblin Slayer » ou les « goblins » dans « That Time I Got Reincarnated as a Slime », souvent plus bestiales et tribales.

Sources

  • Dictionnaire des créatures et personnages fantastiques - J. Borges & M. Guerrero
  • An Encyclopedia of Fairies: Hobgoblins, Brownies, Bogies, and Other Supernatural Creatures - Katharine Briggs
  • European Myth & Folklore: A Dictionary - David Pickering
  • Le Folklore de France - Paul Sébillot
  • Donjons & Dragons - Manuel des Monstres (Wizards of the Coast)
  • The Goblin Market - Christina Rossetti (œuvre littéraire)
  • The Princess and the Goblin - George MacDonald (œuvre littéraire)
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