Introduction
Louis Daniel Armstrong (1901-1971) est bien plus qu'un musicien de jazz ; il est l'architecte principal de sa transformation en une forme d'art soloiste moderne. Né dans une extrême pauvreté à La Nouvelle-Orléans, berceau du jazz, il a transcendé son milieu pour devenir un ambassadeur mondial de la musique, du rire et de l'humanité. Son influence s'étend bien au-delà du jazz, touchant tous les genres de musique populaire américaine. Sa carrière, qui s'étend sur cinq décennies, a vu l'évolution du jazz du style collectif New Orleans au swing et au-delà, avec Armstrong comme force motrice constante.
Debuts
Son enfance est marquée par la misère dans le quartier de Storyville. En 1913, il est envoyé dans un foyer pour enfants noirs après avoir tiré un coup de feu en l'air. C'est là qu'il reçoit une formation musicale et découvre la trompette. À sa sortie, il travaille comme musicien sur les bateaux à vapeur du Mississippi, notamment sous la tutelle du cornettiste King Oliver, son premier véritable mentor. En 1922, Oliver l'invite à Chicago pour rejoindre son Creole Jazz Band, un orchestre phare de l'époque. C'est le début de sa carrière nationale.
Succes
Les années 1920 sont décisives. Il quitte le groupe d'Oliver, s'installe à New York pour jouer avec l'orchestre de Fletcher Henderson, puis retourne à Chicago. C'est avec ses séries d'enregistrements révolutionnaires, les 'Hot Five' et 'Hot Seven' (1925-1928), qu'il change à jamais le cours du jazz. Ces disques, comme 'West End Blues' ou 'Potato Head Blues', mettent en avant le soliste virtuose et l'improvisation créative, éclipsant le style d'ensemble précédent. Dans les années 1930 et 1940, il mène ses propres grands orchestres, devenant une star internationale grâce à des tournées, au cinéma et à des tubes comme 'Hello, Dolly!' (1964) qui détrôna les Beatles au sommet des charts.
Style
Le style d'Armstrong est caractérisé par une sonorité de trompette puissante, chaude et immédiatement reconnaissable, une technique impeccable et un sens mélodique et rythmique révolutionnaire. Il a introduit le 'swing' comme feeling essentiel. En tant que chanteur, il a transformé sa voix rauque en un instrument à part entière, popularisant le chant 'scat' (improvisation vocale avec des syllabes sans sens) avec des morceaux comme 'Heebie Jeebies' (1926). Son phrasé instrumental et vocal, décalé par rapport au rythme strict, a posé les bases du langage du jazz moderne.
Influence
L'influence d'Armstrong est incommensurable. Il a établi la norme pour tous les solistes de jazz qui ont suivi, de Dizzy Gillespie à Miles Davis, qui ont tous reconnu sa dette. Il a démontré que la musique afro-américaine pouvait être un art sophistiqué de premier plan. Au-delà de la musique, il a brisé les barrières raciales en étant l'un des premiers artistes noirs à avoir un rôle important dans les films grand public et à être diffusé régulièrement à la radio. Sa personnalité joyeuse et son sourire célèbre ont, à une époque difficile, présenté une image positive et universelle de l'homme noir au public blanc.
Discographie
Sa discographie est colossale. Les enregistrements des Hot Five et Hot Seven (comme 'Cornet Chop Suey', 'Struttin' With Some Barbecue') sont des pierres angulaires. Dans les années 1950, il enregistre des albums conceptuels acclamés comme 'Louis Armstrong Plays W.C. Handy' et 'Satch Plays Fats' (hommage à Fats Waller), ainsi que des collaborations mémorables avec Ella Fitzgerald. Son répertoire de chansons populaires, interprétées avec une profondeur émotionnelle unique, comprend des standards comme 'What a Wonderful World', 'La Vie en rose', 'Mack the Knife' et 'When the Saints Go Marching In'.
