Introduction
Le tuba est la basse fondamentale des cuivres. Contrairement à une idée reçue, il ne se limite pas à un rôle d'accompagnement pesant. Sa tessiture étendue, sa capacité à jouer avec agilité et la palette de nuances, du pianissimo le plus doux au fortissimo le plus héroïque, en font un instrument versatile et expressif. Il existe sous plusieurs formes : le tuba en ut ou en fa pour l'orchestre symphonique, le tuba en si♭ pour les harmonies et les fanfares, le sousaphone (enroulé pour être porté en marchant) et l'euphonium (ténor-basse au son plus lyrique).
Histoire
Le tuba moderne est une invention du XIXe siècle, née du besoin d'une basse aux cuivres à pistons. En 1835, les luthiers allemands Johann Gottfried Moritz et Wilhelm Wieprecht, à Berlin, brevètent un « Bass-Tuba » en fa, doté de cinq pistons à barillet. Cet instrument, au tube conique et au son plus rond que les ophicléides (qu'il remplace) ou les serpents, s'impose rapidement. Son adoption par les compositeurs romantiques, comme Richard Wagner qui en exigea un ensemble pour sa Tétralogie (les fameux « Tubas wagnériens »), consolida sa place à l'orchestre. Son évolution continua avec l'amélioration des systèmes de pistons (périnet, rotatifs) et l'adaptation à différents besoins, donnant naissance à la diversité des modèles actuels.
Fabrication
La fabrication d'un tuba est un processus complexe et artisanal. Elle commence par la découpe et le martelage à la main ou au marteau-pilon de feuilles de laiton pour former les différentes sections coniques (branche d'embouchure, corps, coulisses, pavillon). Le pavillon est souvent réalisé à partir d'un disque de métal embouti et martelé. Les pièces sont ensuite soudées à l'argent. Les pistons, éléments cruciaux, sont usinés avec une précision micrométrique pour assurer un coulissement parfait dans leurs cylindres. L'instrument subit ensuite un nettoyage chimique (décapage), un polissage, un ajustage méticuleux de toutes les coulisses, et souvent un vernissage ou une argenture pour la finition et la protection. L'embouchure, séparée, est généralement tournée dans un bloc de laiton puis argentée ou dorée.
Technique
La technique du tuba repose sur les mêmes principes que les autres cuivres : la vibration des lèvres du musicien dans l'embouchure crée la note fondamentale, modifiée par la pression d'air (souffle) et la longueur du tube, actionnée par les pistons. La spécificité réside dans le volume d'air considérable nécessaire et la grande mobilité des lèvres requise pour couvrir la large tessiture. La main droite opère les pistons, tandis que la gauche soutient l'instrument. La technique moderne a considérablement développé la vélocité, le legato, les trilles et les multiphoniques. Le tubiste utilise aussi des sourdines (en métal, fibre ou plastique) pour modifier le timbre.
Repertoire
Bien que souvent associé aux marches militaires et aux harmonies, le répertoire soliste et orchestral du tuba est vaste. À l'orchestre, il brille dans « Les Tableaux d'une exposition » de Moussorgski/Ravel (« Bydlo »), les symphonies de Gustav Mahler, de Dmitri Chostakovitch, et dans les opéras de Wagner. Le répertoire soliste s'est enrichi au XXe et XXIe siècles avec des concertos majeurs de Ralph Vaughan Williams, John Williams, Edward Gregson, et des œuvres de compositeurs comme Paul Hindemith, Kalevi Aho ou Bruce Broughton. Il tient également une place centrale dans le jazz (notamment avec le contrebassiste/tubiste américain Howard Johnson) et la musique de chambre de cuivres.
Musiciens Celebres
Pionniers : William Bell (premier tubiste de l'Orchestre Symphonique de New York), Arnold Jacobs (légendaire pédagogue de l'Orchestre Symphonique de Chicago). Solistes modernes : Roger Bobo (États-Unis), Øystein Baadsvik (Norvège), Gene Pokorny (États-Unis), James Gourlay (Royaume-Uni). En France : Melvyn Poore, Stéphane Labeyrie. En jazz : Howard Johnson, Bob Stewart, Thelonious Monk Jr. (fils du pianiste).
