Introduction
Le triangle est l'un des instruments de percussion les plus simples de forme et pourtant l'un des plus distinctifs par son timbre. Souvent perçu comme élémentaire, il requiert en réalité une technique précise pour contrôler son intensité, sa durée et sa résonance. Sa sonorité claire et pénétrante, capable de traverser les masses orchestrales les plus denses, en fait un outil de coloration rythmique et harmonique indispensable, de la musique classique aux ensembles folkloriques et populaires.
Histoire
Les origines du triangle sont anciennes et probablement liées à des instruments similaires en forme de trapèze ou de losange utilisés au Moyen-Orient et en Asie Centrale. Il apparaît en Europe au Moyen Âge, souvent représenté dans des manuscrits enluminés aux côtés de la vièle et de la harpe. Initialement doté de petits anneaux métalliques glissés sur la barre (des « sonnailles »), il était alors appelé « sistre » ou « triangle à sonnettes ». Il entre dans l'orchestre classique au XVIIIe siècle, notamment dans les opéras de Gluck et les symphonies de Haydn et Mozart, où il évoque souvent un « caractère turc » (alla turca). Le XIXe siècle romantique, avec des compositeurs comme Berlioz, Liszt (Concerto pour piano n°1) et Wagner, lui confère un rôle soliste et dramatique. Au XXe siècle, il est adopté par le jazz, la musique latine (samba) et la pop.
Fabrication
La fabrication d'un triangle de qualité est un processus précis. On utilise une barre d'acier à ressort ou inoxydable, de section circulaire ou triangulaire. La barre est cintrée à froid sur un mandrin pour former un triangle isocèle, avec une ouverture de quelques millimètres à un angle pour permettre les vibrations. Les extrémités sont coupées en biseau. La qualité du métal, son homogénéité et le soin apporté au polissage sont cruciaux pour la pureté du son. La baguette (ou « férin ») est généralement en acier du même métal, parfois avec une poignée en plastique ou en bois. Un cordon ou une lanière de cuir ou de nylon est attaché à l'angle fermé pour le tenir sans étouffer les vibrations.
Technique
Le triangle est suspendu par son cordon, le plus souvent à un pupitre ou tenu à la main, sans que les doigts ne touchent la barre pour ne pas amortir le son. La technique principale consiste à frapper l'intérieur de la barre, généralement sur le côté inférieur horizontal. La position et la force de la frappe influent sur le timbre : frapper près de l'angle produit un son plus riche en harmoniques. Le musicien peut aussi faire rouler la baguette rapidement entre deux côtés (tremolo), technique exigeante pour obtenir un son uniforme. Le contrôle de la résonance est essentiel : on peut l'étouffer en saisissant le triangle de la main libre. Des baguettes de différentes épaisseurs sont utilisées pour des effets variés.
Repertoire
Le répertoire du triangle est vaste. En musique classique, il brille dans la « Danse du Sabre » d'Aram Khatchatourian, la « Marche au Supplice » de la *Symphonie Fantastique* de Berlioz, le *Concerto pour piano n°1* de Liszt (où il a un solo célèbre), le *Concerto pour violon* de Brahms (4ème mouvement), et *Also sprach Zarathustra* de Richard Strauss. Il est omniprésent dans les œuvres de compositeurs du XXe siècle comme Bartók, Stravinsky et Messiaen. En dehors de l'orchestre, il est fondamental dans les baterias des écoles de samba brésiliennes, dans la musique folklorique d'Europe de l'Est, et apparaît dans des chansons pop/rock (ex. : « Love Shack » des B-52's).
Musiciens Celebres
Contrairement à d'autres instruments, peu de percussionnistes sont exclusivement associés au triangle. Sa maîtrise est considérée comme une marque d'excellence au sein de la section des percussions d'un orchestre. Des percussionnistes renommés comme Evelyn Glennie, Dame du Royaume-Uni, ont démontré ses potentialités expressives en récital. Dans le domaine de la musique traditionnelle brésilienne, les mestres de bateria comme Mestre Odilon Costa sont des références pour son utilisation rythmique complexe.
