Introduction
Les timbales, ou kettledrums en anglais, sont les percussions à hauteur déterminée les plus emblématiques de l'orchestre occidental. Contrairement à la plupart des tambours, elles produisent une note spécifique et accordable, ce qui leur permet de participer à la structure harmonique et tonale de la musique. Leur son puissant et résonnant, allant du grondement sourd au roulement dramatique, en fait un pilier de la couleur orchestrale, capable de souligner des climax, d'annoncer des thèmes ou de créer une tension rythmique soutenue.
Histoire
Les ancêtres des timbales (comme les naqqâra du Proche-Orient) sont arrivés en Europe via les Croisades. Initialement utilisées à cheval par les cavaleries militaires ottomanes et européennes, elles ont été intégrées à la musique de cour au XVIe siècle. L'orchestration de Jean-Baptiste Lully les a introduites à l'opéra français. Leur rôle s'est considérablement développé à l'époque classique avec Haydn et Mozart, qui les utilisaient souvent par paires (tonique et dominante). Beethoven a révolutionné leur usage, leur confiant des parties plus indépendantes et dramatiques (comme dans la Symphonie n°9). Le XIXe siècle a vu l'invention de la pédale d'accord (vers 1880 par C. Pittrich), permettant un glissando continu et un changement rapide de hauteur. Au XXe siècle, les compositeurs ont exploré de nouvelles techniques (jouer sur le bord, utiliser des baguettes spéciales) et les timbales sont devenues un instrument soliste à part entière.
Fabrication
La fabrication des timbales modernes est un processus précis. La caisse de résonance, ou chaudron, était traditionnellement en cuivre martelé pour sa résonance chaude, mais on utilise aujourd'hui aussi la fibre de verre (plus légère) ou l'aluminium. Le fond du chaudron est ouvert. Une membrane, ou peau, en plastique (Mylar) moderne ou en peau de veau/ chèvre traditionnelle, est tendue sur l'ouverture par un cerclage (la contre-hoop). Un système de tension, actionné par une pédale ou des vis, permet d'ajuster la hauteur de la note. Les mécanismes à pédale sont complexes, avec des systèmes à traction par chaîne, à câble ou à engrenage, garantissant un accord stable. Un timbalier professionnel possède généralement un set de quatre à cinq timbales de diamètres différents (de 20 à 32 pouces environ) pour couvrir une tessiture étendue.
Technique
Le jeu des timbales requiert une grande précision et une oreille fine pour l'accord. Le timbalier utilise des baguettes aux têtes de matériaux variés : feutre (son doux et rond), bois (son sec et percussif), flanelle ou liège. Le point d'impact sur la peau influence le timbre : au centre pour un son fondamental pur, vers le bord pour un son plus sec avec plus d'harmoniques. Les techniques de base incluent le coup simple, le roulement (produit par des rebonds rapides et alternés des deux baguettes), et le glissando (en actionnant la pédale pendant un roulement). Le timbalier doit maîtriser les nuances, les étouffements (en posant les doigts sur la peau) et la coordination pour jouer sur plusieurs timbales. L'accord est une compétence cruciale, souvent effectué à l'oreille ou avec un diapason.
Repertoire
Le répertoire des timbales est immense et central dans la musique orchestrale. Parmi les œuvres marquantes : les symphonies de Beethoven (notamment la 5e et la 9e), « La Création » de Haydn, les opéras de Wagner (avec des parties extrêmement exigeantes), « Le Sacre du printemps » de Stravinsky, et les concertos pour timbales de compositeurs comme Johann Carl Christian Fischer (au XVIIIe siècle) ou des œuvres modernes comme le « Concerto pour timbales et orchestre » de William Kraft. Elles sont également essentielles dans les musiques de film (John Williams, Hans Zimmer) et ont une place dans certains ensembles de jazz et de musique contemporaine.
Musiciens Celebres
Parmi les grands timbaliers et pédagogues, on peut citer : **Vic Firth** (timbalier du Boston Symphony Orchestra et fondateur d'une entreprise mondialement connue de baguettes), **Evelyn Glennie** (percussionniste virtuose incluant les timbales dans son répertoire), **Jonathan Haas** (pionnier du concerto pour timbales et interprète de musique contemporaine), **Roland Kohloff** (ancien timbalier du New York Philharmonic). Les chefs d'orchestre accordent également une grande importance à leur timbalier, considéré comme le pilier rythmique de la formation.
