Luth

Instrument à cordes pincées emblématique de la Renaissance et de la période baroque, caractérisé par sa caisse de résonance en forme de poire, son manche court et ses cordes doublées (chœurs). Il fut l'instrument roi de la musique savante européenne pendant près de trois siècles.

Introduction

Le luth est l'archétype des instruments à cordes pincées et à caisse bombée. Sa silhouette distinctive, sa rosace ornementée (la "rose") et son son doux, intime et complexe en ont fait le compagnon privilégié des princes, des poètes et des compositeurs. Plus qu'un simple instrument, il a incarné un idéal musical et philosophique, central dans la pratique musicale domestique et de cour, avant de décliner face à la montée des instruments à clavier et à archet.

Histoire

Le luth européen descend de l'al-'ud arabe, qui lui-même trouve ses racines dans des instruments perses (barbat) et mésopotamiens. Introduit en Europe par l'Espagne musulmane et les Croisades vers le Xe siècle, il est d'abord utilisé pour l'accompagnement du chant. Au XVe siècle, il devient un instrument soliste, avec l'ajout d'une cinquième corde. La Renaissance (XVIe siècle) marque son apogée : il adopte une notation spécifique (tablature), son répertoire s'enrichit considérablement (fantaisies, danses, chansons intabulées) et sa forme se standardise. Le XVIIe siècle voit l'apparition du luth baroque, avec l'ajout de cordes basses diatoniques (luth théorbé, archiluth) pour répondre aux exigences de la basse continue et de la musique plus dramatique. Son déclin s'amorce au XVIIIe siècle, supplanté par le clavecin et la guitare. Un renouveau a lieu au XXe siècle grâce au mouvement de musique ancienne.

Fabrication

La lutherie du luth est un art délicat et minutieux. La caisse de résonance (la "caisse") est construite à partir de fines côtes (ou éclisses) de bois dur (érable, prunier), courbées à la chaleur et collées sur un moule pour former le fond bombé. La table d'harmonie, en bois résineux fin (épicéa), est renforcée par un barrage interne complexe et percée d'une rosace ajourée, chef-d'œuvre de marqueterie. Le manche, large et plat, est en bois de fruitier et se termine par un cheviller incliné vers l'arrière où s'insèrent les chevilles. Les frettes, historiquement, étaient faites de boyau noué autour du manche. La fabrication d'un luth de qualité peut prendre plusieurs centaines d'heures de travail.

Technique

Le luth se joue assis, l'instrument tenu horizontalement ou légèrement incliné. La main droite pince les cordes avec les doigts (sans médiator). La technique de la main droite, extrêmement raffinée, utilise l'alternance des doigts (index et majeur, parfois annulaire) pour produire des arpèges et des motifs mélodiques fluides. La main gauche appuie les cordes sur le manche, sans pression excessive grâce aux frettes de boyau. Une caractéristique majeure est l'utilisation de cordes doublées à l'unisson ou à l'octave (les "chœurs"), à l'exception de la chanterelle (corde la plus aiguë) qui est souvent simple. Cela confère à l'instrument sa sonorité riche et résonnante. La notation se fait en tablature, indiquant la position des doigts et non la hauteur absolue des notes.

Repertoire

Immense et varié, le répertoire du luth couvre trois siècles. À la Renaissance (John Dowland, Francesco da Milano, Luis de Milán), il comprend des préludes non mesurés, des fantaisies contrapuntiques, des danses (gaillarde, pavane), et des intabulations de chansons polyphoniques. La période baroque (Silvius Leopold Weiss, Robert de Visée, Denis Gaultier) voit le développement de la suite de danses (allemande, courante, sarabande, gigue) et de formes plus libres comme le tombeau. Le luth est aussi un instrument essentiel pour la basse continue dans les ensembles. Le répertoire comprend également de nombreuses pièces pour théorbe, notamment dans la musique vocale italienne (monodies, opéras).

Musiciens Celebres

Parmi les grands noms figurent les compositeurs-virtuoses de la Renaissance : Francesco Canova da Milano ("Le Divin"), John Dowland (Angleterre, célèbre pour ses "Lachrimae"), et Luis de Milán (Espagne). À l'époque baroque, l'Allemand Silvius Leopold Weiss est considéré comme le plus grand luthiste-compositeur, laissant près de 600 pièces. En France, les dynasties des Gaultier (Denis, Ennemond) et les œuvres de Robert de Visée, luthiste de Louis XIV, sont fondamentales. Parm les interprètes modernes ayant ressuscité l'instrument, on peut citer Julian Bream, Hopkinson Smith, Paul O'Dette et Nigel North.

Sources

  • The New Grove Dictionary of Music and Musicians, 'Lute'.
  • Powell, J. (2019). A Short History of the Lute. Lute Society of America.
  • Smith, H. (2002). The Lute: A Brief History and Practical Guide. Éditions Chanterelle.
  • Site de la Lute Society (www.lutesociety.org).
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