Introduction
Le célesta est un instrument hybride unique, combinant le mécanisme de frappe d'un piano avec le principe sonore d'un carillon ou d'un glockenspiel. Son timbre doux, argentin et résonnant lui confère une couleur orchestrale immédiatement reconnaissable. Il occupe une place de choix dans la palette des compositeurs pour créer des atmosphères magiques, oniriques ou féeriques, ajoutant une touche de lumière et de mystère aux œuvres symphoniques, chorales et de musique de chambre.
Histoire
Le célesta a été inventé en 1886 par le facteur d'harmoniums français Auguste Mustel, qui perfectionna un instrument de son père, Victor Mustel, appelé typophone ou dulcitone. La grande innovation d'Auguste fut de remplacer les diapasons en acier par des lames suspendues au-dessus de caisses de résonance en bois, amplifiant considérablement le son et améliorant la résonance. L'instrument fut présenté à l'Exposition Universelle de Paris en 1889. Sa carrière orchestrale fut lancée de manière spectaculaire par Piotr Ilitch Tchaïkovski, qui l'entendit à Paris et l'utilisa immédiatement dans sa suite "Casse-Noisette" (1892), notamment dans la "Danse de la Fée Dragée". Cette utilisation fondatrice scella à jamais l'association du célesta avec le monde merveilleux et enchanteur.
Fabrication
La fabrication est minutieuse et relève de la facture de précision. Le cœur de l'instrument est constitué de lames d'acier accordées, soigneusement taillées et trempées. Chaque lame est suspendue par des vis sur des blocs de feutre au-dessus d'un résonateur en bois (généralement de l'érable) taillé sur mesure pour sa fréquence fondamentale. Le mécanisme de clavier, similaire à celui d'un piano droit mais plus léger, actionne des marteaux recouverts de feutre ou de cuir qui frappent les lames. Une pédale de sustain permet de lever les étouffoirs en feutre pour prolonger la résonance. L'ensemble est contenu dans un coffre en bois, souvent sur pieds, ressemblant à un petit piano ou à un harmonium.
Technique
La technique de jeu est identique à celle du piano : le musicien, appelé célestiste, joue sur un clavier à 49, 56 ou 61 touches. Le toucher doit être précis et délicat pour contrôler la dynamique, l'instrument étant naturellement doux (sa puissance sonore est limitée). Les possibilités incluent le jeu lié, le staccato, les accords et les arpèges. Dans l'orchestre, la partie de célesta est souvent tenue par le pianiste ou un percussionniste spécialisé, qui doit alterner rapidement entre différents instruments. La pédale est essentielle pour créer les voiles sonores caractéristiques.
Repertoire
Le répertoire orchestral est riche. Après Tchaïkovski, Gustav Mahler l'utilisa dans sa Symphonie n°6 et n°8. Maurice Ravel en fit un usage magistral dans "Ma Mère l'Oye" et "Daphnis et Chloé". Igor Stravinsky l'employa dans "Le Rossignol" et "Le Sacre du printemps". Béla Bartók l'intégra dans sa "Musique pour cordes, percussion et célesta", une œuvre centrale où l'instrument joue un rôle structurel. Il est également présent dans des œuvres de Richard Strauss, Claude Debussy, Olivier Messiaen, et dans les musiques de film pour évoquer la magie (saga "Harry Potter" de John Williams) ou le rêve ("Vertigo" de Bernard Herrmann). Il existe aussi un répertoire solo et de musique de chambre limité mais en développement.
Musiciens Celebres
Il n'existe pas de virtuoses solistes du célesta au sens classique, car c'est avant tout un instrument d'orchestre. Les célestistes célèbres sont donc des musiciens d'orchestre renommés ou des compositeurs-interprètes. Le percussionniste français Jacques Delécluse, longtemps timbalier solo de l'Orchestre de Paris, était un éminent spécialiste. Dans le domaine de l'enregistrement, des musiciens d'orchestre comme Linda Maxey (Orchestre symphonique de Boston) ou Peter Sadlo ont marqué l'interprétation. Le compositeur et pianiste hongrois György Kurtág a également beaucoup écrit et joué pour l'instrument en contexte de musique de chambre.
