Introduction
Les bongos sont un instrument de percussion emblématique de la musique cubaine et, par extension, de toute la musique latine. Constitués de deux petits tambours de diamètres différents solidement attachés l'un à l'autre, ils se jouent traditionnellement en les tenant entre les genoux du musicien assis. Leur son clair, percutant et incisif, capable de produire une grande variété de nuances et de techniques (martillo, tonada, rebond), en fait un instrument à la fois rythmique et mélodique. Ils occupent une place centrale dans les ensembles de son et de salsa, servant souvent à improviser des phrases rythmiques complexes (repiques) en dialogue avec les autres instruments.
Histoire
Les bongos sont nés dans la région orientale de Cuba (province d'Oriente) à la fin du XIXe siècle, fruit du métissage culturel entre les traditions percussives africaines des esclaves et les influences espagnoles. Ils se sont développés au sein du genre musical "son", où ils remplaçaient ou complétaient la caja (caisse claire). Initialement, les peaux étaient fixées et tendues par un système de cordage et de chevilles en bois, directement chauffées au feu pour les accorder. Leur popularité a explosé dans les années 1920-1930 avec la diffusion internationale du son cubain et du jazz afro-cubain. Des musiciens comme Arsenio Rodríguez et plus tard des percussionnistes comme Mongo Santamaría et Ray Barretto les ont introduits et popularisés aux États-Unis, faisant des bongos un pilier des scènes jazz et latine. Leur design a évolué avec l'introduction de cerclages en métal et de mécaniques d'accord à clé au milieu du XXe siècle.
Fabrication
La fabrication traditionnelle des bongos est un artisanat minutieux. Les fûts (carcasses) sont tournés dans un seul bloc de bois dur (comme le chêne ou l'acajou) pour assurer solidité et résonance. Ils sont ensuite creusés et façonnés en forme de cône tronqué ou de tonneau. Les deux fûts, de tailles différentes (généralement entre 15 et 20 cm de diamètre pour le hembra (grave) et entre 12 et 15 cm pour le macho (aigu)), sont reliés par une pièce de bois centrale solide. La peau, traditionnellement en peau de chèvre pour sa finesse et sa résonance, est montée sur un cerclage en bois ou en métal. Elle est ensuite tendue sur le fût et maintenue par un second cerclage métallique, dont la tension est ajustée par des tirants et des écrous à l'aide d'une clé, permettant un accordage précis. Les finitions (vernis, laque, peinture) sont appliquées pour protéger le bois et personnaliser l'instrument.
Technique
La technique de jeu des bongos est extrêmement riche et repose principalement sur l'utilisation des doigts, des paumes et du talon de la main. Le musicien, assis, place l'instrument entre ses genoux, le tambour le plus petit (macho, aigu) généralement à sa droite (pour un droitier). Les bases rythmiques sont jouées avec un motif répétitif appelé "martillo" (marteau), qui sert de fondation. Au-dessus de cette base, le bongosero improvise des "repiques" (phrases ornementales) et des "llamadas" (appels) pour signaler des changements dans la musique. Les techniques spécifiques incluent le "golpe sec" (coup sec du bout des doigts), l'"abierto" (coup ouvert avec résonance), le "tapado" (coup étouffé avec la paume), et le "slap" (claqué). La main faible (gauche pour un droitier) effectue souvent des roulements rapides (redobles) sur le hembra. La maîtrise de la dynamique et du timbre est essentielle.
Repertoire
Les bongos sont indissociables du son cubain (e.g., "El Cuarto de Tula" par Buena Vista Social Club), du cha-cha-cha, du mambo et de la salsa moderne. Ils sont également très présents dans le jazz afro-cubain et latin-jazz, comme dans les œuvres de Dizzy Gillespie, Machito ou Tito Puente. Bien que moins courants, ils trouvent aussi leur place dans certaines musiques populaires (rock, pop, world music) pour ajouter une couleur rythmique spécifique. Leur répertoire est avant tout basé sur l'improvisation rythmique au sein de structures données (clave, tumbao), plutôt que sur des partitions écrites fixes.
Musiciens Celebres
Parmi les bongoseros les plus influents, on trouve : José Manuel "El Chino" (pionnier légendaire), Mongo Santamaría (qui a également excellé aux congas), Ray Barretto (maître de la salsa et du latin jazz), Roberto Roena, Johnny "Dandy" Rodríguez, et plus récemment des virtuoses comme Giovanni Hidalgo (bien que plus connu pour les congas, il maîtrise aussi les bongos) et Richie Flores. Leur art a élevé les bongos du statut d'instrument d'accompagnement à celui de soliste à part entière.
