Introduction
La salsa, qui signifie littéralement 'sauce' en espagnol, est bien plus qu'un simple genre musical : c'est une expression culturelle vibrante, un mouvement social et une identité pour des millions de personnes à travers le monde. Née de la rencontre des traditions africaines, européennes et indigènes dans les Caraïbes, puis métamorphosée dans le creuset urbain de New York, elle incarne la résilience, la joie et la fierté des communautés latines. Sa musique entraînante et sa danse sensuelle en ont fait un phénomène global, tout en restant profondément ancrée dans son héritage historique.
Description
La salsa est une musique de danse basée sur une structure rythmique complexe, le 'clave' (généralement un motif 3-2 ou 2-3), qui sert de colonne vertébrale à l'orchestre. Un groupe typique, le 'conjunto', comprend une section rythmique (congas, bongos, timbales, basse, piano), une section de cuivres (trompettes, trombones) et un chanteur principal (sonero) accompagné de chœurs (coro). Les chansons suivent souvent une structure de 'son montuno' avec une introduction mélodique (la 'lama'), une section de versets et un 'montuno' final où le chanteur improvise des 'soneos' (phrases chantées) en dialogue avec le chœur. Les paroles traitent de l'amour, de la vie quotidienne, de la nostalgie (la 'tierra'), de la fête, mais aussi de critique sociale.
Histoire
Les racines de la salsa plongent dans les musiques cubaines du début du XXe siècle, notamment le son, le mambo et le cha-cha-cha, eux-mêmes issus du mélange des rythmes africains (bantous, yorubas) et des harmonies espagnoles. Après la révolution cubaine de 1959, de nombreux musiciens s'exilent à New York, notamment à East Harlem (El Barrio) et dans le South Bronx. Dans les années 1960, des labels comme Fania Records, fondé par Johnny Pacheco et Jerry Masucci, fédèrent ces talents (Willie Colón, Héctor Lavoe, Celia Cruz, Rubén Blades) et créent le son 'salsa' en y intégrant des éléments de jazz, de soul et de rock. Le terme 'salsa' est popularisé comme un slogan marketing par le disc-jockey phare Izzy Sanabria. Les années 1970 sont l'âge d'or (la 'Época Dorada'), avec des albums mythiques et des concerts légendaires au Cheetah Club ou au Yankee Stadium. Dans les années 1980-90, la salsa évolue vers des styles plus romantiques (salsa romántica) et s'internationalise, avec des foyers majeurs à Porto Rico, en Colombie (salsa caleña), au Venezuela et au Japon.
Caracteristiques
Les caractéristiques musicales essentielles sont : 1) La Clave : motif rythmique de base (3-2 ou 2-3) joué sur deux bâtons de bois, qui organise tout l'arrangement. 2) La Tumbao : motif de basse répétitif et syncopé. 3) Le Montuno : motif rythmique et harmonique du piano, souvent en ostinato. 4) La section de percussions : les congas jouent le 'tumbao', les bongos le 'martillo', les timbales les 'cascara' et les 'pailas'. 5) Les cuivres : ils ponctuent la musique avec des 'moñas' (riffs) et des solos énergiques. 6) La structure call-and-response entre le sonero et le coro. La danse, généralement en couple, est basée sur un pas de base sur 8 temps, avec des tours, des passes et un jeu de jambes élaboré. Il existe plusieurs styles : le style 'on1' (Los Angeles), le style 'on2' (New York/Palladium), le style cubain (casino) et le style colombien.
Importance
La salsa a eu un impact culturel immense. Elle a servi de ciment identitaire et de voix politique pour la communauté latino-américaine aux États-Unis et ailleurs, exprimant ses luttes et ses aspirations (ex: 'El Cantante' de Héctor Lavoe, 'Pedro Navaja' de Rubén Blades). Elle a démocratisé la musique latine à l'échelle mondiale, influençant la pop, le jazz et les musiques électroniques. En tant que danse sociale, elle a créé des communautés transnationales et reste un pilier de la vie nocturne urbaine. Elle est également un vecteur de préservation des traditions afro-caribéennes. Aujourd'hui, la salsa reste vivante, évoluant avec des fusions (salsa-timba, salsa-urbana) tout en honorant son patrimoine classique.
