Introduction
Le bebop, ou bop, émerge au début des années 1940 comme une révolution musicale au sein du jazz. Développé par de jeunes musiciens afro-américains dans les clubs de Harlem, notamment le Minton's Playhouse, il représente une volonté de s'émanciper des contraintes commerciales du swing et d'élever le jazz au rang d'art complexe et sophistiqué. Ce mouvement a radicalement transformé le langage du jazz, en faisant une musique de solistes et d'improvisateurs de haut vol.
Description
Le bebop est avant tout une musique de petits groupes, généralement des combos (quintettes ou sextettes) composés d'une section rythmique (piano, contrebasse, batterie) et de solistes (saxophone, trompette). Il se distingue par son intensité rythmique et harmonique. Les thèmes, souvent construits sur la structure harmonique de standards, servent de point de départ à des improvisations longues et complexes. La mélodie, jouée à l'unisson ou à l'octave au début et à la fin du morceau, est rapide, sinueuse et syncopée. L'improvisation ne se contente plus de broder sur la mélodie principale, mais explore et réharmonise les changements d'accords de manière audacieuse et virtuose.
Histoire
Les racines du bebop plongent dans les jam sessions nocturnes de New York au tournant des années 1940. Lassés par les arrangements stricts et le format des big bands de swing, des musiciens comme le saxophoniste alto Charlie "Bird" Parker, le trompettiste John Birks "Dizzy" Gillespie, le pianiste Thelonious Monk et le batteur Kenny "Klook" Clarke commencent à expérimenter de nouvelles formes d'expression. Le Minton's Playhouse et le Monroe's Uptown House deviennent leurs laboratoires. Ils y développent un langage basé sur des tempos frénétiques, des phrases asymétriques et l'utilisation d'altérations (notes "bebop") comme le #11 ou la b9. Le premier enregistrement officiellement reconnu comme bebop est "Ko-Ko" de Charlie Parker en 1945. Initialement mal compris par le grand public et la critique, le style s'impose à la fin de la décennie comme la nouvelle avant-garde du jazz.
Caracteristiques
Les caractéristiques techniques du bebop sont précises : 1) **Harmonie** : Utilisation intensive d'accords de passage, de substitutions tritoniques (remplaçant un accord de dominante par un autre situé à un triton d'intervalle), et d'enrichissements (9e, 11e, 13e, altérations). 2) **Mélodie** : Lignes mélodiques anguleuses, basées sur des arpèges et des gammes chromatiques, avec de nombreux sauts d'intervalles. 3) **Rythme** : Tempos très rapides (up-tempo). La section rythmique évolue : la contrebasse marque un walking bass régulier, la batterie utilise le charleston pour marquer le temps et la cymbale ride pour les accents, avec des "bombs" (coups secs) sur la grosse caisse ou la caisse claire. Le piano passe d'un rôle rythmique à un rôle harmonique, ponctuant l'improvisation par des accords syncopés (comping). 4) **Phrasé** : Les phrases sont souvent asymétriques, commençant et finissant sur des temps faibles, créant un effet de tension et de surprise.
Importance
L'importance du bebop est immense. Il a opéré une transition fondamentale du jazz comme musique de divertissement vers une musique d'art et de concert, revendiquant un statut intellectuel. Il a placé l'improvisateur soliste au centre de la création, un modèle qui dominera le jazz par la suite. Le bebop a directement engendré des styles comme le hard bop, le cool jazz et le post-bop. Il a aussi influencé la beat generation et la contre-culture. Socialement, il a été un vecteur d'affirmation et de fierté pour la communauté afro-américaine dans l'après-guerre. Ses innovateurs, en particulier Charlie Parker, sont devenus des icônes culturelles dont l'influence dépasse largement le cadre de la musique.
