Introduction
Sergueï Rachmaninov est l'un des derniers grands représentants de la tradition romantique russe. Son œuvre, profondément ancrée dans le lyrisme et l'expressivité, a transcendé les bouleversements du XXe siècle. Exilé après la Révolution russe, il mena une brillante carrière internationale de pianiste, laissant un héritage musical caractérisé par une émotion intense, une maîtrise technique prodigieuse et une nostalgie palpable pour sa Russie natale.
Jeunesse
Issu d'une famille aristocratique en déclin, Rachmaninov montre des dons précoces pour le piano. Il entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg à 10 ans, puis au Conservatoire de Moscou où il étudie avec des maîtres comme Nikolaï Zverev (piano) et Anton Arenski (composition). Il y compose ses premières œuvres, dont le fameux Prélude en ut dièse mineur, qui deviendra un succès mondial et un fardeau pour lui. Il sort diplômé avec la Grande Médaille d'or en 1892.
Carriere
Sa carrière de compositeur démarre avec fracas mais est marquée par un échec critique cuisant : la création désastreuse de sa Première Symphonie en 1897, dirigée par un Alexandre Glazounov probablement ivre, le plonge dans une dépression et une crise créative de trois ans. Il en sort grâce à une thérapie par l'hypnose avec le Dr Nikolaï Dahl, qui aboutit à la composition triomphale de son Concerto pour piano n°2 (1901). Il devient ensuite chef d'orchestre au Théâtre Bolchoï (1904-1906) et connaît une période créatrice intense. La Révolution de 1917 le force à quitter la Russie avec sa famille. Il s'installe d'abord en Europe, puis définitivement aux États-Unis en 1935, où il se consacre principalement à une carrière de pianiste virtuose itinérant, très demandé, pour subvenir aux besoins de sa famille. Sa production compositionnelle s'en trouve considérablement ralentie.
Style
Le style de Rachmaninov est l'archétype du romantisme tardif, avec des influences de Tchaïkovski et du folklore russe. Il se caractérise par : des mélodies longues, passionnées et nostalgiques, souvent qualifiées de « vocales » ; une harmonie riche et chromatique, ancrée dans la tonalité ; une écriture pianistique virtuose et somptueuse, exploitant toute l'étendue et la puissance de l'instrument ; l'utilisation récurrente du motif du « Dies Irae » (chant grégorien de la messe des morts) ; et une orchestration dense et colorée. Son langage, résolument tourné vers le passé dans un monde musical explorant l'atonalité, lui valut des critiques de la part des modernistes, mais une immense popularité auprès du public.
Oeuvres Majeures
Son catalogue comprend des œuvres majeures dans tous les genres. Pour piano : les 24 Préludes (notamment le célèbre op.3 n°2 et op.23 n°5), les Études-Tableaux, deux Sonates et les Variations sur un thème de Corelli. Pour orchestre : trois Symphonies (la n°2 étant la plus populaire), le poème symphonique « L'Île des morts » d'après Böcklin, et les « Danses symphoniques ». Sa musique concertante est légendaire : les quatre Concertos pour piano (les n°2 et n°3 sont des piliers du répertoire) et la Rhapsodie sur un thème de Paganini pour piano et orchestre. Il a également composé des opéras (« Aleko »), de la musique chorale (la « Liturgie de saint Jean Chrysostome », les « Vêpres ») et de nombreuses mélodies.
Heritage
Rachmaninov laisse un double héritage : celui d'un compositeur dont la musique, d'un lyrisme poignant et d'une virtuosité éblouissante, continue de captiver les auditeurs et de défier les interprètes ; et celui d'un pianiste légendaire, dont les enregistrements restent des références absolues de clarté, de puissance rythmique et de sonorité. Bien que parfois considéré comme un anachronisme de son vivant, son œuvre a connu une réhabilitation critique et une popularité constante. Il a influencé de nombreux compositeurs de musiques de film (de Erich Wolfgang Korngold à John Barry) et son esthétique romantique et spectaculaire résonne profondément dans la culture populaire.
