Introduction
Sergueï Prokofiev est l'un des compositeurs les plus importants et prolifiques du XXe siècle. Sa carrière, traversant les bouleversements de la révolution russe et des deux guerres mondiales, se divise entre une période d'émigration en Occident (1918-1936) et un retour définitif en Union soviétique. Son œuvre, immense et variée, allie une modernité audacieuse, un sens aigu de la mélodie et un humour souvent caustique, couvrant tous les genres : opéra, ballet, symphonie, musique de chambre, concertos et musique de film.
Jeunesse
Enfant prodige, Prokofiev reçoit une éducation musicale précoce et rigoureuse. Il compose son premier opéra à neuf ans. En 1904, il entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg où il étudie la composition avec Nikolaï Rimski-Korsakov et le piano avec Anna Essipova. Élève brillant mais provocateur, il se fait remarquer par son style novateur et ses harmonies dissonantes, créant le scandale avec ses premières œuvres comme le 'Concerto pour piano n°1' (1912). Il termine ses études avec les plus hautes distinctions en composition, piano et direction.
Carriere
Après la Révolution de 1917, Prokofiev obtient l'autorisation de quitter la Russie en 1918. Il entame une carrière internationale de pianiste et de compositeur, vivant successivement aux États-Unis, en Allemagne et à Paris. Il y côtoie les figures de l'avant-garde (Diaghilev, Stravinsky) et compose des œuvres majeures comme les opéras 'L'Amour des trois oranges' et 'L'Ange de feu', ou le ballet 'Le Pas d'acier'. En 1936, il choisit de retourner définitivement en URSS, attiré par des commandes officielles et un désir de renouer avec son public natal. Sa vie y devient complexe, partagée entre la reconnaissance officielle (Prix Staline) et les critiques répétées du régime jdanovien qui l'accuse de 'formalisme bourgeois'. Il meurt le même jour que Staline, dans l'indifférence générale.
Style
Le style de Prokofiev est reconnaissable à sa fusion unique de plusieurs lignes directrices qu'il définit lui-même : la 'classique' (néoclassicisme et clarté formelle), la 'moderne' (harmonies audacieuses, dissonances), la 'moto perpetuo' (énergie rythmique motorique), la 'lyrique' (mélodies longues et expressives) et la 'scherzando' (humour, grotesque, sarcasme). Son langage harmonique est souvent acide mais reste tonal. Il est un maître de l'orchestration, produisant des couleurs vives et percutantes. Sa musique pour piano est virtuose et percussive.
Oeuvres Majeures
Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent la 'Symphonie classique' (n°1, 1917), pastiche haydnien d'une modernité rafraîchissante ; les ballets 'Roméo et Juliette' (1935) et 'Cendrillon' (1944), piliers du répertoire ; le conte musical 'Pierre et le Loup' (1936) pour narrateur et orchestre ; l'opéra 'Guerre et Paix' (version finale 1952), épopée monumentale ; les 'Concerto pour piano n°3' (1921) et 'n°2' (révisé en 1923), sommets du genre ; la 'Sonate pour piano n°7' (1942), d'une violence rythmique saisissante ; et la musique du film 'Alexandre Nevski' (1938) d'Eisenstein, dont il tira une cantate.
Heritage
Prokofiev a laissé une empreinte indélébile sur la musique du XXe siècle. Son influence est palpable chez de nombreux compositeurs soviétiques (Chostakovitch, Khatchatourian) et occidentaux. Son sens du récit musical, son énergie rythmique et son génie mélodique ont assuré la popularité durable d'une grande partie de son œuvre, qui est aujourd'hui un pilier des salles de concert, des opéras et des ballets du monde entier. Il est considéré comme un pont essentiel entre la tradition romantique russe et les expérimentations modernistes.
