Introduction
Domenico Scarlatti est une figure majeure de la musique baroque, souvent placée aux côtés de ses contemporains Jean-Sébastien Bach et Georg Friedrich Haendel, nés la même année. Bien que moins prolifique dans d'autres genres, son immense contribution réside dans son corpus de sonates pour clavecin, des œuvres d'une concision et d'une audace harmonique et rythmique extraordinaires. Sa carrière, partagée entre l'Italie, le Portugal et surtout l'Espagne, lui a permis de développer un style unique, synthèse du contrepoint italien et des influences ibériques populaires.
Jeunesse
Fils du célèbre compositeur Alessandro Scarlatti, Domenico naît dans un environnement musical intense à Naples. Il reçoit très tôt une formation complète, probablement de son père. À 16 ans, il est nommé organiste et compositeur de la chapelle royale de Naples. En 1705, son père l'envoie à Venise pour parfaire son éducation ; il y aurait rencontré Haendel. Une légende, peut-être apocryphe, raconte qu'un concours amical les opposa, Scarlatti étant déclaré supérieur au clavecin et Haendel à l'orgue. Il séjourne ensuite à Rome où il entre au service de la reine de Pologne en exil, Maria Casimira, puis devient maître de chapelle à la Basilique Saint-Pierre en 1715.
Carriere
En 1719, Scarlatti quitte Rome pour Lisbonne, où il devient maître de chapelle du roi Jean V de Portugal et professeur de clavecin de l'infante Maria Barbara. Cette relation avec la princesse, elle-même claveciniste talentueuse, fut déterminante. Lorsque Maria Barbara épouse l'héritier du trône d'Espagne, le futur Ferdinand VI, en 1729, Scarlatti la suit à la cour de Séville puis à Madrid, où il passera le reste de sa vie. C'est dans ce contexte ibérique, loin des centres musicaux italiens, qu'il compose l'essentiel de ses sonates, destinées à l'étude et au plaisir de sa protectrice. Il est fait chevalier de l'Ordre de Santiago en 1738.
Style
Le style de Scarlatti est immédiatement reconnaissable. Ses sonates, généralement en un seul mouvement binaire (deux sections répétées), sont des concentrés d'énergie et d'invention. Il exploite toutes les possibilités du clavecin : croisements de mains, sauts périlleux, gammes rapides, répétitions de notes, arpèges étendus, créant une véritable virtuosité instrumentale. Harmoniquement, il est audacieux, utilisant des accords de septième, des modulations abruptes et des dissonances expressives. Son immersion en Espagne infuse sa musique de rythmes de danses populaires (fandango, seguidilla, folia) et de couleurs mélodiques évoquant la guitare ou les chants gitans.
Oeuvres Majeures
L'œuvre majeure de Scarlatti est sans conteste l'ensemble de ses 555 sonates pour clavecin (répertoriées par le catalogue de Ralph Kirkpatrick, d'où la lettre K.). Elles n'étaient pas destinées à la publication mais circulaient en manuscrits. Trente d'entre elles furent publiées de son vivant sous le titre "Essercizi per gravicembalo" (1738). Parmi les plus célèbres, on peut citer la Sonate en ré mineur K. 9 ("Pastorale"), la Sonate en mi majeur K. 380, la Sonate en la majeur K. 208, ou la virtuose Sonate en sol majeur K. 125 ("La chasse"). En dehors du clavecin, il a composé une quinzaine d'opéras, de la musique sacrée (notamment un "Stabat Mater" renommé) et de la musique de chambre, mais ces œuvres restent beaucoup moins jouées.
Heritage
L'héritage de Scarlatti est colossal. Ses sonates constituent un pont essentiel entre le style baroque et le style classique naissant, annonçant par leur forme et leur expressivité les sonates de Haydn et Mozart. Elles ont redéfini les possibilités techniques et sonores du clavecin, préparant le terrain pour le piano-forte. Redécouvert au XXe siècle par des interprètes comme Wanda Landowska, puis par des pianistes (Horowitz en fut un grand admirateur), son œuvre est aujourd'hui un pilier du répertoire pour clavier. Son influence se perçoit chez des compositeurs aussi divers que Chopin, Bartók ou Ligeti. Scarlatti reste le maître incontesté de la sonate pour clavecin, un alchimiste génial ayant fusionné la rigueur italienne et le feu espagnol.
