Introduction
Sorti le 15 mars 2015, 'To Pimp a Butterfly' (TPAB) est bien plus qu'un album de rap ; c'est une expérience sonore et narrative immersive, une plongée dans la psyché tourmentée et géniale de Kendrick Lamar. Suite au succès critique et commercial de 'good kid, m.A.A.d city' (2012), Lamar a choisi de ne pas reproduire la même formule, optant pour un projet radicalement ambitieux, dense et politiquement chargé. L'album a été enregistré dans un état d'urgence créative, influencé par le voyage de Lamar en Afrique du Sud et les tensions raciales croissantes aux États-Unis, culminant avec le mouvement Black Lives Matter.
Description
L'album se structure comme un long poème épique, dont les vers sont dévoilés progressivement tout au long des 16 pistes, pour finalement être récités dans leur intégralité lors du morceau final, 'Mortal Man', adressé à une figure posthume de Tupac Shakur. Cette structure narrative lie des thèmes apparemment disparates : la célébrité toxique ('u'), la lutte contre la dépression et l'alcoolisme ('u'), la fierté culturelle et l'amour de soi ('i', 'Complexion'), la critique du matérialisme ('Wesley's Theory', 'Hood Politics'), et la recherche d'une responsabilité personnelle et collective ('The Blacker the Berry', 'How Much a Dollar Cost'). L'album oscille constamment entre l'espoir lumineux et l'abîme le plus sombre.
Histoire
L'enregistrement a débuté en 2013, avec des sessions à Los Angeles, mais a pris un tournant décisif après le voyage de Lamar en Afrique du Sud en 2014. Visiter les cellules de Robben Island où Nelson Mandela fut emprisonné l'a profondément marqué, renforçant son sentiment de devoir et de connexion à une lutte plus large. De retour en studio, il a radicalement retravaillé l'album, abandonnant des pistes plus conventionnelles pour incorporer des musiciens de jazz et de funk live. La sortie fut avancée d'une semaine de manière surprise, créant un événement mondial. L'album a débuté numéro un au Billboard 200 et a été certifié platine.
Caracteristiques
La palette sonore de TPAB est sa signature la plus distinctive. Elle délaisse largement les samples traditionnels du hip-hop pour un son organique et vivant, construit par un collectif de musiciens de haut niveau, dont le bassiste Thundercat, le saxophoniste Kamasi Washington, le pianiste Robert Glasper, et le producteur Flying Lotus. Les influences du free-jazz de Miles Davis, du funk parlementaire de George Clinton, du G-funk de Dr. Dre, et de la soul de Curtis Mayfield se fondent en un tout cohérent et explosif. Les arrangements sont complexes, avec des changements de tempo soudains, des harmonies dissonantes et des interludes improvisés. Les paroles de Lamar sont d'une densité poétique rare, utilisant un flot de conscience, des métaphores complexes et un dialogue interne constant.
Importance
L'impact de 'To Pimp a Butterfly' fut immédiat et profond. Il a remporté le Grammy Award du meilleur album rap en 2016 (et a été nommé pour l'Album de l'Année) et a été acclamé par la critique comme l'un des meilleurs albums des années 2010, voire de tous les temps. Culturellement, il est devenu la bande-sonde d'une ère de protestation et de prise de conscience raciale. Il a légitimé et popularisé l'intégration du jazz et du funk live dans le hip-hop mainstream, influençant une nouvelle génération d'artistes. Il a poussé les limites de ce qu'un album de rap pouvait être sur le plan thématique et musical, élevant la barre de l'ambition artistique. Plus qu'un disque, c'est un artefact culturel qui capture l'angoisse, la colère, l'espoir et la complexité de l'expérience noire américaine au 21e siècle.
