Introduction
Sorti le 30 mars 1987, 'Sign o' the Times' est le neuvième album studio de Prince et son premier véritable double album en solo. Il émerge des cendres de plusieurs projets avortés, dont l'album triple 'Dream Factory' et le projet de groupe 'The Revolution'. Dans un contexte de tensions avec son label et de bouleversements personnels, Prince a condensé une période d'extraordinaire fertilité créative en un disque qui capture l'essence de son génie éclectique et insaisissable. L'album est un voyage à travers les préoccupations sociales, spirituelles et sensuelles de l'artiste, servi par une maîtrise instrumentale et une liberté stylistique sans précédent.
Description
L'album est une mosaïque de styles et d'émotions, naviguant sans effort entre des thèmes graves et une joie pure. Il s'ouvre sur le titre éponyme, une chanson funk dépouillée et sombre traitant du sida, de la toxicomanie et de la catastrophe de la navette spatiale Challenger, établissant un ton à la fois personnel et universel. Les morceaux enchaînent les contrastes : la fureur rock de 'U Got the Look' (en duo avec Sheena Easton), la délicatesse pop de 'Starfish and Coffee', le funk psychédélique de 'Housequake', la ballade gospel émouvante 'The Cross', et la sensualité électronique de 'If I Was Your Girlfriend'. L'album se clôt sur l'épique 'Adore', une déclaration d'amour soul de près de sept minutes. Prince y joue pratiquement de tous les instruments, démontrant son statut de virtuose autosuffisant, tout en intégrant des contributions clés de musiciens comme la bassiste Levi Seacer Jr. et la batteuse Sheila E.
Histoire
L'histoire de 'Sign o' the Times' est tortueuse. Après la dissolution de son groupe The Revolution et l'annulation de l'album 'Dream Factory', Prince travaille sur un projet avec un nouveau groupe, 'The Revolution Mark II'. Cet album, intitulé 'Crystal Ball', est refusé par Warner Bros. qui juge un triple album trop ambitieux commercialement. Prince le réduit alors à un double album, change le titre et le sort sous son seul nom. L'enregistrement s'est déroulé entre fin 1985 et 1987 dans ses studios personnels (Sunset Sound, Paisley Park). L'album fut accompagné d'un film concert, 'Sign o' the Times', réalisé par Prince lui-même, qui capture des performances live époustouflantes mais qui ne connut pas un grand succès commercial. Malgré des ventes correctes (environ 3 millions d'exemplaires mondiaux), il n'atteignit pas les sommets de 'Purple Rain', mais sa réputation n'a cessé de grandir avec le temps.
Caracteristiques
Les caractéristiques principales de l'album sont son éclectisme radical et son économie de moyens paradoxale. Musicalement, Prince abandonne le son rock plus conventionnel de 'Purple Rain' pour un retour à un funk plus brut, expérimental et électronique, influencé par le son 'Minneapolis' qu'il a lui-même créé. L'utilisation du synthétiseur Fairlight CMI et des boîtes à rythmes Linn est magistrale, créant des paysages sonores à la fois futuristes et organiques. Les arrangements sont souvent épurés, mettant en avant le groove, la voix et les paroles. Celles-ci oscillent entre le social ('Sign o' the Times'), le spirituel ('The Cross'), l'érotique ('Hot Thing', 'It') et le poétique surréel ('Starfish and Coffee'). La production est sèche, claire et spacieuse, permettant à chaque élément de respirer.
Importance
'Sign o' the Times' est universellement considéré comme le chef-d'œuvre de Prince et l'un des plus grands albums de tous les temps. Il a été sacré « Album de l'année » par de nombreux magazines critiques (NME, Rolling Stone, The Village Voice). Son influence est immense : il a montré la voie à une génération d'artistes R&B et hip-hop en matière d'éclectisme et d'ambition artistique, de D'Angelo à Frank Ocean. L'album consolide le statut de Prince non pas comme une simple pop star, mais comme un auteur-compositeur-interprète visionnaire au même titre que Bob Dylan ou Stevie Wonder. Il représente l'apogée de sa liberté créative, avant les conflits avec sa maison de disques. En 2020, il est classé 8e dans la liste des « 500 plus grands albums de tous les temps » du magazine Rolling Stone. Il demeure la référence ultime de son immense talent et de sa capacité à synthétiser toute l'histoire de la musique noire américaine en une œuvre cohérente et personnelle.
