Led Zeppelin IV

Quatrième album studio de Led Zeppelin, sorti en 1971, souvent considéré comme l'un des plus grands albums de rock de tous les temps. Il est célèbre pour son absence de titre officiel, son pochette énigmatique et des titres monumentaux comme "Stairway to Heaven". Il incarne l'apogée du hard rock et du folk rock des années 1970.

Introduction

Officiellement sans titre, le quatrième album de Led Zeppelin, communément appelé "Led Zeppelin IV", "Four Symbols" ou "Zoso", est un monument de la musique rock. Sorti le 8 novembre 1971, il représente le point culminant artistique et commercial du groupe, fusionnant avec une maestria inégalée le hard rock puissant, les influences folk et blues, et des ambitions épiques. Sa pochette dépouillée, son titre absent et ses quatre symboles runiques en ont fait un objet de culte et de mystère.

Description

L'album est une œuvre éclectique et magistralement construite, alternant entre une énergie brute et des moments d'une grande délicatesse. Il s'ouvre sur le riff implacable de "Black Dog", un chef-d'œuvre de hard rock au chant call-and-response complexe. Il se poursuit avec la ballade folk-rock "Rock and Roll", hommage aux racines du genre. "The Battle of Evermore" est une pièce acoustique médiévale avec la participation de Sandy Denny de Fairport Convention, unique invitée vocale sur un album du groupe. Le côté B est dominé par l'immense "Stairway to Heaven", une suite en trois parties progressant de la douceur acoustique à un final électrique déchaîné. Suivent le blues lourd et sombre de "When the Levee Breaks", construit sur un riff de batterie monumental enregistré dans un hall d'escalier, et les morceaux plus roots "Misty Mountain Hop" et "Going to California".

Histoire

Après les critiques mitigées reçues par "Led Zeppelin III" (accusé de s'être trop adouci), le groupe, mené par Jimmy Page et Robert Plant, se retire à Headley Grange, un manoir victorien du Hampshire, pour enregistrer dans des conditions informelles avec l'ingénieur mobile des Rolling Stones, Andy Johns. Ces sessions, utilisant l'équipement mobile des Rolling Stones (le "Stone Mobile"), favorisèrent une atmosphère créative et spontanée. Le son unique de la batterie de John Bonham sur "When the Levee Breaks" fut capté en plaçant sa batterie au pied d'un hall d'escalier. L'album fut finalisé et mixé aux studios Island de Londres. Le groupe, lassé des critiques, décida de ne pas donner de titre à l'album et d'utiliser quatre symboles choisis par chaque membre sur la pochette intérieure. La pochette extérieure représente un vieil homme portant des fagots de bois, accroché à un mur décati, acheté par Plant dans un magasin d'antiquités.

Caracteristiques

L'album se caractérise par sa diversité stylistique parfaitement intégrée : hard rock ("Black Dog"), folk celtique ("The Battle of Evermore"), blues revisité ("When the Levee Breaks"), et ballade acoustique ("Going to California"). La production, supervisée par Jimmy Page, est à la fois brute et sophistiquée, mettant en valeur la puissance rythmique de Bonham et Jones, les guitares multi-couches de Page et le chant versatile de Plant, allant du hurlement au chuchotement. La structure narrative et musicale de "Stairway to Heaven" (construction progressive, solo de guitare légendaire, paroles symboliques) en est l'archétype. L'absence de titre et le visuel énigmatique en font un objet artistique complet, au-delà du simple disque.

Importance

Led Zeppelin IV est l'un des albums les plus vendus de l'histoire (plus de 37 millions d'exemplaires) et un pilier de la culture rock. Il a définitivement établi Led Zeppelin comme le groupe le plus important des années 1970, surpassant ses contemporains en influence et en ambition. "Stairway to Heaven" est devenue l'hymne rock par excellence, constamment citée comme le plus grand solo de guitare. L'album a influencé d'innombrables musiciens dans le hard rock, le heavy metal et le rock progressif. Sa stratégie marketing (pas de titre, pas de nom du groupe sur la pochette) a prouvé que la musique pouvait se suffire à elle-même, renforçant son statut d'œuvre d'art intemporelle et mystique. Il reste la référence absolue en matière d'album de rock classique.

Anecdotes

Les quatre symboles

Chaque membre choisit un symbole pour le représenter. Jimmy Page dessina le sien, "Zoso", souvent interprété comme une rune satanique mais dont la signification reste obscure. John Paul Jones utilisa un symbole représentant une personne confiante en elle-même. John Bonham prit trois cercles intervertis, symbolisant l'homme, la femme et l'enfant. Robert Plant choisit une plume dans un cercle, inspirée d'un symbole de civilisation ancienne de Mu. Ces symboles n'ont jamais été officiellement expliqués par le groupe.

L'enregistrement de la batterie dans un escalier

Le son de batterie colossal et unique de "When the Levee Breaks" a été enregistré en plaçant la batterie de John Bonham et deux micros suspendus au plafond dans le hall d'escalier en pierre de Headley Grange. La réverbération naturelle et l'écho créèrent ce "groove" lourd et spatial, l'un des samples de batterie les plus utilisés dans l'histoire du hip-hop et du rap (notamment par les Beastie Boys, Dr. Dre, Eminem).

L'homme au fagot

La peinture sur la pochette, intitulée "The Hermit" (L'Ermite), fut achetée par Robert Plant dans un magasin d'antiquités de Reading. Elle représente un vieil homme courbé portant un lourd fagot de bois brûlé, accroché à un mur de briques décrépi. Plant y voyait un symbole du rapport entre l'homme et la nature, un thème récurrent dans les paroles de l'album. L'artiste original, Barrington Colby, fut retrouvé et payé rétroactivement.

Pas de titre, pas de nom

Lassé par la presse musicale, le groupe décida de ne pas donner de titre à l'album et de ne pas inscrire "Led Zeppelin" sur la pochette, défiant ainsi l'industrie. La maison de disques Atlantic Records fut horrifiée, craignant pour les ventes. Le groupe tint bon, arguant que la musique parlerait d'elle-même. L'album fut référencé par les quatre symboles ou par des codes catalogue. Ce geste artistique audacieux contribua grandement à son aura mythique.

Sources

  • Lewis, Dave. 'Led Zeppelin: The Complete Guide to Their Music'. Omnibus Press, 2004.
  • Davis, Stephen. 'Hammer of the Gods: The Led Zeppelin Saga'. William Morrow, 1985.
  • Page, Jimmy; Plant, Robert; Jones, John Paul; Bonham, John. 'Led Zeppelin IV' (Notes d'album et interviews d'époque). Atlantic Records, 1971.
  • Documentaire 'Led Zeppelin: The Making of Led Zeppelin IV' (DVD inclus dans les rééditions).
  • Revues spécialisées : Rolling Stone, Mojo (rétrospectives et classements).
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