A Love Supreme

A Love Supreme est un album studio du saxophoniste de jazz John Coltrane, enregistré en une seule session le 9 décembre 1964 et publié par Impulse! Records en 1965. Considéré comme son chef-d'œuvre absolu, c'est une suite en quatre mouvements qui constitue une offrande musicale et spirituelle à Dieu. L'album est un pilier du jazz modal et l'une des œuvres les plus influentes et vénérées de l'histoire de la musique.

Introduction

A Love Supreme n'est pas simplement un album de jazz ; c'est une expérience spirituelle transcrite en musique. Enregistré au sommet de ses pouvoirs créatifs par le quartet mythique de John Coltrane (avec McCoy Tyner au piano, Jimmy Garrison à la contrebasse et Elvin Jones à la batterie), cet album est une déclaration d'amour, de gratitude et de dévotion à une puissance supérieure. Il marque l'apogée de la période dite « classique » de Coltrane (1960-1965) et synthétise son parcours musical et son cheminement spirituel en une œuvre cohérente, intense et profondément émouvante.

Description

L'album est structuré en une suite en quatre parties, chacune portant un titre spécifique qui guide l'auditeur dans le parcours spirituel de Coltrane : 1. « Acknowledgement » (Reconnaissance) : Le mouvement d'ouverture présente le motif de basse célèbre et hypnotique de Jimmy Garrison, sur lequel Coltrane superpose des variations de saxophone ténor. Il introduit le mantra de quatre notes (qui correspond aux syllabes « A Love Su-preme ») chanté par Coltrane lui-même vers la fin. 2. « Resolution » (Résolution) : Une section plus énergique et mélodique, avec un thème puissant joué par Coltrane, suivi d'un solo de piano lyrique et tourmenté de McCoy Tyner. 3. « Pursuance » (Poursuite) : Principalement un tour de force rythmique, c'est une section de batterie explosive d'Elvin Jones qui mène à un long et furieux solo de Coltrane, explorant l'extrême de l'expression. 4. « Psalm » (Psaume) : Le mouvement final est une « récitation instrumentale » d'un poème que Coltrane avait écrit pour l'album. Il joue son saxophone en suivant mot pour mot le rythme et l'intonation du texte, créant une prière musicale d'une sincérité déchirante, sur un accompagnement libre et atmosphérique.

Histoire

L'album est le fruit d'une période de crise et de renaissance personnelle pour John Coltrane. Au début des années 1960, après avoir surmonté une dépendance à l'héroïne et à l'alcool, il attribue sa guérison à une intervention divine. « A Love Supreme » est conçu comme une offrande de gratitude pour cette « grâce ». Coltrane a travaillé sur la composition pendant plusieurs mois, isolé dans sa maison. L'enregistrement a eu lieu aux studios Van Gelder à Englewood Cliffs, New Jersey, le 9 décembre 1964. La session fut remarquablement fluide et intense, la plupart des prises étant réalisées en une seule tentative. L'album fut publié en janvier 1965 et rencontra un succès critique et commercial immédiat (il fut certifié disque d'or), chose rare pour un album de jazz instrumental à l'époque.

Caracteristiques

Musicalement, « A Love Supreme » est ancré dans le jazz modal, un style que Coltrane avait exploré avec « My Favorite Things » et « Giant Steps », mais poussé ici à son paroxysme expressif. Il repose sur des échelles modales plutôt que sur des progressions d'accords complexes, permettant une liberté d'improvisation immense. L'interaction du quartet est télépathique : la contrebasse de Garrison fournit une fondation solide et mélodique, le piano de Tyner apporte des blocs d'accords étincelants et la batterie polyrythmique et torrentielle d'Elvin Jones crée une tension et une énergie inouïes. La voix de Coltrane, à la fois rugueuse et douce, incarne une quête spirituelle pure. L'album est également remarquable pour son concept unifié (composition, pochette avec le poème, notes de pochette) qui en fait une œuvre d'art totale.

Importance

L'importance de « A Love Supreme » est monumentale. Il a transcendé le monde du jazz pour devenir un symbole culturel universel, cité par des musiciens de rock, de soul et de musique électronique. Il a démontré que le jazz pouvait être à la fois une musique d'avant-garde exigeante et une expression spirituelle accessible. L'album a solidifié la légende de Coltrane comme une figure quasi-sainte, un chercheur de vérité dont la musique était le médium. Il a influencé des générations de musiciens, de Carlos Santana à John McLaughlin en passant par U2 (qui a samplé « Acknowledgement ») et Kendrick Lamar. « A Love Supreme » est régulièrement classé parmi les plus grands albums de tous les temps, toutes catégories confondues, et reste une pierre de touche pour quiconque s'intéresse à la puissance transformative de la musique.

Anecdotes

Le poème originel

Coltrane a écrit un poème de gratitude à Dieu, qui fut imprimé dans son intégralité sur la pochette intérieure de l'album. Le quatrième mouvement, « Psalm », est une interprétation musicale littérale de ce texte. Coltrane a indiqué à son producteur Bob Thiele qu'il « jouait les mots » de son poème sur son saxophone, suivant le rythme et les inflexions de la langue parlée.

Une seule session

Contrairement à de nombreux albums, la majeure partie de « A Love Supreme » a été enregistrée en une seule journée, le 9 décembre 1964. L'atmosphère en studio était décrite comme intense et concentrée, presque religieuse. La prise d'« Acknowledgement » incluant le chant de Coltrane est une prise unique et spontanée.

Influence sur Carlos Santana

Le guitariste Carlos Santana a souvent cité « A Love Supreme » comme l'album le plus important de sa vie. Il a déclaré l'avoir écouté quotidiennement pendant des années et qu'il était la base spirituelle de son album « Love Devotion Surrender » (1973), enregistré en collaboration avec le guitariste John McLaughlin, lui-même un grand disciple de Coltrane.

Reconnaissance posthume

En 1981, l'Église orthodoxe africaine a canonisé John Coltrane, fondant la « Saint John Will-I-Am Coltrane African Orthodox Church » à San Francisco. Dans cette église, la musique de « A Love Supreme » est utilisée comme hymne et élément central de la liturgie, considérée comme une révélation divine.

Sources

  • Lewis Porter, « John Coltrane: His Life and Music » (University of Michigan Press, 1998)
  • Ashley Kahn, « A Love Supreme: The Story of John Coltrane's Signature Album » (Penguin Books, 2002)
  • Notes de pochette originales de l'album « A Love Supreme » (Impulse! Records, 1965)
  • Archives et interviews de la John Coltrane Foundation
  • Documentaire « Chasing Trane: The John Coltrane Documentary » (2016)
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