Prix Renaudot

Prix littéraire français annuel créé en 1926 par dix journalistes et critiques littéraires en attendant les résultats du prix Goncourt. Il récompense un roman ou un récit publié dans l'année. Il est célèbre pour son indépendance d'esprit et sa capacité à révéler des talents originaux, parfois en marge des circuits traditionnels.

Introduction

Le prix Renaudot est l'un des prix littéraires français les plus prestigieux et les plus médiatisés. Décerné chaque année le même jour que le prix Goncourt (généralement début novembre), il a su forger sa propre identité et son prestige en récompensant des œuvres audacieuses et des auteurs parfois moins conventionnels que ceux couronnés par son aîné. Son histoire est indissociable de celle du Goncourt, dont il est à la fois le rival et le complément.

Description

Le prix Renaudot récompense un roman ou un récit en prose publié dans l'année en cours. Il est attribué par un jury composé de dix membres, principalement des journalistes et des critiques littéraires, perpétuant ainsi la tradition de ses fondateurs. Le jury se réunit au restaurant parisien Drouant, tout comme l'Académie Goncourt. Le prix ne s'accompagne que d'une somme symbolique (environ 10 euros), mais il garantit à son lauréat une visibilité médiatique exceptionnelle et des ventes considérables, souvent supérieures à 100 000 exemplaires. Le Renaudot a également créé des déclinaisons : le prix Renaudot de l'essai (créé en 2003), le prix Renaudot du livre de poche (créé en 2009) et le prix Renaudot des lycéens (créé en 1992).

Histoire

Le prix est né le 21 septembre 1926, dans l'arrière-salle du restaurant parisien Le Châlet du Cycle. Dix journalistes, menés par Georges Charensol et le critique d'art Raymond de Nys, décident de créer un prix littéraire pour occuper le temps d'attente des résultats du Goncourt, dont ils étaient des observateurs assidus. Ils le baptisent en hommage à Théophraste Renaudot (1586-1653), médecin de Louis XIII et fondateur de la presse française avec sa "Gazette". Le premier lauréat, en 1926, est Armand Lunel pour "Nicolo-Peccavi ou l'Affaire Dreyfus à Carpentras". Au fil des décennies, le Renaudot a su s'imposer par des choix parfois surprenants, révélant des auteurs majeurs comme Louis-Ferdinand Céline ("Voyage au bout de la nuit", 1932, après que le Goncourt lui eut préféré "Les Loups" de Guy Mazeline), Michel Tournier ("Le Roi des aulnes", 1970) ou plus récemment Amélie Nothomb ("Stupeur et tremblements", 1999) et David Foenkinos ("Charlotte", 2014).

Caracteristiques

Le Renaudot se distingue par plusieurs traits caractéristiques. D'abord, son jury est composé exclusivement de journalistes et critiques, ce qui le différencie du Goncourt dont les membres sont des écrivains. Cette composition lui confère une sensibilité particulière à l'actualité littéraire et une certaine indépendance vis-à-vis des chapelles littéraires. Ensuite, il a la réputation d'être plus ouvert aux styles novateurs et aux voix singulières, n'hésitant pas à couronner des premiers romans (comme "Le Testament français" d'Andreï Makine en 1995, qui remporta aussi le Goncourt). Enfin, son processus de vote est souvent décrit comme plus rapide et moins conflictuel que celui de son illustre voisin. Le prix est également connu pour ses "coups de théâtre" et ses stratégies médiatiques.

Importance

Le prix Renaudot occupe une place centrale dans le paysage littéraire français. Il constitue, avec le Goncourt, le Femina et le prix Interallié, l'un des "quatre grands" prix d'automne. Son impact commercial est immense, assurant presque systématiquement le succès en librairie du livre primé. Culturellement, il joue un rôle de découvreur et de légitimateur d'auteurs qui, sans lui, pourraient rester dans l'ombre. En couronnant des œuvres comme "La Place" d'Annie Ernaux (1984), récit sociologique et autobiographique, ou "Les Champs d'honneur" de Jean Rouaud (1990), le Renaudot a montré sa capacité à élargir les frontières du roman et à reconnaître la diversité des écritures contemporaines. Il est un baromètre influent des tendances littéraires.

Anecdotes

Le double lauréat Céline

En 1932, le jury du Renaudot, scandalisé que le Goncourt ait ignoré le génial et sulfureux "Voyage au bout de la nuit" de Louis-Ferdinand Céline, lui décerne son prix. C'est la première fois qu'un auteur reçoit le Renaudot après avoir été finaliste malheureux du Goncourt. Cette décision audacieuse a immédiatement installé le Renaudot comme un prix courageux et anticonformiste.

Le lauréat qui n'existait pas

En 1956, le prix est attribué à "Le Moissonneur d'épitaphes" de Romain Gary. Or, Gary avait déjà remporté le Goncourt en 1956 pour "Les Racines du ciel". Un auteur ne pouvant théoriquement pas recevoir deux grands prix la même année, il s'avéra que "Romain Gary" était en réalité le pseudonyme utilisé par l'écrivain pour ce second livre, dont l'identité réelle de l'auteur (toujours Gary) fut rapidement découverte. Le prix lui fut malgré tout maintenu.

Le prix décerné... à un mort

En 1990, le prix fut exceptionnellement décerné à un auteur décédé, l'écrivain suisse Jacques Chessex, pour "L'Ogre". Chessex était mort quelques heures seulement après l'annonce officielle de sa sélection dans la dernière liste des finalistes, mais avant le vote final. Le jury décida de lui attribuer le prix à titre posthume, un cas unique dans son histoire.

La guerre des prix

En 2007, un véritable imbroglio médiatique a lieu. Le jury annonce d'abord avoir élu "La Démesure" de Daniel Pennac. Peu après, il se rétracte et proclame vainqueur "Alabama Song" de Gilles Leroy. La raison invoquée fut une erreur de communication, mais l'incident jeta un flou sur les processus internes et alimenta les rumeurs de tensions au sein du jury, montrant la féroce compétition que peut générer le prix.

Sources

  • Académie Goncourt - Histoire des prix littéraires
  • Site officiel des prix littéraires (Lire.fr)
  • Le Monde - Archives et articles sur les prix Renaudot
  • Étude : "Les Prix littéraires" de Robert Kopp (Que sais-je?, PUF)
  • Biographies et mémoires des membres du jury (ex: Franz-Olivier Giesbert, Patrick Besson)
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