Prix Goncourt

Le Prix Goncourt est le prix littéraire français le plus prestigieux et le plus médiatique. Décerné chaque année depuis 1903 par l'Académie Goncourt, il récompense le meilleur ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année. Son influence sur les ventes est considérable, assurant souvent un succès commercial immédiat au lauréat.

Introduction

Fondé par le testament d'Edmond de Goncourt en 1896, le Prix Goncourt est devenu l'arbitre suprême de la littérature française contemporaine. Plus qu'une simple distinction, il est un phénomène culturel et médiatique annuel, attendu avec impatience par le monde de l'édition et les lecteurs. Son attribution, souvent débattue, cristallise les tendances et les querelles littéraires du moment.

Description

Le Prix Goncourt récompense "le meilleur ouvrage d'imagination en prose, paru dans l'année". Il est décerné par les dix membres de l'Académie Goncourt, élus à vie, qui se réunissent chaque premier mardi du mois au restaurant Drouant à Paris. Le prix est officiellement annoncé début novembre, après plusieurs tours de scrutin et des déjeuners de délibération. Le lauréat reçoit un chèque symbolique de seulement 10 euros, mais la véritable récompense est l'immense visibilité et l'explosion des ventes, communément appelée "l'effet Goncourt", qui peut propulser les tirages à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. Le prix ne peut être décerné qu'une seule fois à un auteur.

Histoire

L'histoire du prix commence avec Edmond de Goncourt qui, à la mort de son frère Jules, fonde l'Académie Goncourt par testament pour perpétuer leur mémoire et encourager les lettres. Il lègue sa fortune pour créer une société littéraire de dix membres, se réunissant à dîner, et décernant un prix annuel. Le premier Prix Goncourt est attribué en 1903 à John-Antoine Nau pour "Force ennemie". Au fil du siècle, le prix a couronné des œuvres majeures comme "À l'ombre des jeunes filles en fleurs" de Proust (1919), "Le Sang noir" de Louis Guilloux (1935), "Les Racines du ciel" de Romain Gary (1956) – qui le remportera une seconde fois en 1975 sous le pseudonyme d'Émile Ajar –, ou "La Vie mode d'emploi" de Georges Perec (1978). Il a su évoluer avec son temps, reflétant les grands mouvements littéraires et historiques.

Caracteristiques

Le processus de sélection est rigoureux et ritualisé. Une première sélection d'une quinzaine de romans (la "première liste") est annoncée en septembre au retour de rentrée littéraire. Elle est réduite à huit titres (la "deuxième liste") en octobre, puis à quatre finalistes juste avant la proclamation. Les délibérations sont secrètes et se font à bulletins secrets. L'Académie, par sa composition diversifiée (comprenant des écrivains, des critiques, des éditeurs), cherche à maintenir une certaine indépendance face aux grands groupes éditeurs, bien que les maisons d'édition historiquement liées au prix (comme Gallimard, Grasset et Le Seuil) y soient souvent représentées. Le prix a également créé des déclinaisons comme le Prix Goncourt des Lycéens, le Goncourt du premier roman, et le Goncourt de la Nouvelle.

Importance

L'importance du Prix Goncourt est à la fois symbolique, économique et culturelle. Symboliquement, il consacre un auteur et son œuvre dans le panthéon littéraire français. Économiquement, il est un formidable accélérateur de carrière et un levier commercial sans équivalent, vital pour le secteur de l'édition. Culturellement, il fixe un agenda médiatique, oriente les discussions littéraires et participe à la définition du canon contemporain. Ses choix, parfois critiqués pour être trop conservateurs ou trop parisiens, n'en restent pas moins un baromètre influent de la création romanesque francophone. Son retentissement international contribue également au rayonnement de la littérature française dans le monde.

Anecdotes

Le lauréat au chèque symbolique

Le montant du prix est dérisoire : 10 euros. Edmond de Goncourt avait en effet stipulé dans son testament que le prix devait être décerné à de jeunes talents ayant besoin d'être encouragés, et non enrichis, pour les préserver de la tentation d'écrire pour l'argent. La véritable récompense est donc purement honorifique et médiatique.

Romain Gary, deux fois lauréat

Romain Gary est le seul écrivain à avoir remporté deux fois le Prix Goncourt, ce qui est normalement interdit par le règlement. Il l'obtient une première fois en 1956 sous son vrai nom pour "Les Racines du ciel". Puis, en 1975, il le remporte à nouveau sous le pseudonyme d'Émile Ajar pour "La Vie devant soi". La supercherie ne fut révélée qu'après sa mort, grâce à un manuscrit posthume.

Le dîner de Drouant

Depuis 1914, les "Dix" se réunissent pour délibérer dans le salon particulier du restaurant Drouant, place Gaillon à Paris. Ce lieu est devenu indissociable du prix. Les menus de ces déjeuners de travail, souvent gastronomiques, sont parfois commentés dans la presse presque autant que les livres en compétition.

La bataille de 1919

L'attribution du prix à Marcel Proust en 1919 pour "À l'ombre des jeunes filles en fleurs" (le deuxième tome de "À la recherche du temps perdu") fut houleuse. Léon Daudet, académicien influent, mena une campagne vigoureuse en sa faveur contre le favori, "Les Croix de bois" de Roland Dorgelès. Le vote final fut serré (6 voix contre 4), et cette consécration fut cruciale pour la reconnaissance publique de Proust.

Sources

  • Académie Goncourt - Site Officiel
  • Histoire du Prix Goncourt (éditions Gallimard)
  • Dictionnaire des prix littéraires (éditions du Cercle de la Librairie)
  • Archives de l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)
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