Prix Akutagawa

Le prix Akutagawa est l'un des plus prestigieux prix littéraires du Japon, décerné deux fois par an à un auteur débutant pour une œuvre de fiction exceptionnelle. Il est considéré comme un tremplin essentiel pour les jeunes écrivains prometteurs. Il honore la mémoire de l'écrivain Ryūnosuke Akutagawa, figure majeure de la littérature japonaise du début du XXe siècle.

Introduction

Le prix Akutagawa (Akutagawa-shō) est la plus haute distinction littéraire japonaise pour les nouveaux écrivains. Créé en 1935, il est décerné semestriellement (en janvier et juillet) par la Société pour la promotion de la littérature japonaise (Bungei Shunjū) et constitue un événement majeur dans le paysage culturel nippon. Son attribution est souvent un gage de reconnaissance critique et de succès commercial pour son lauréat.

Description

Le prix récompense la meilleure nouvelle ou le meilleur roman court publié dans un magazine littéraire par un écrivain émergent ou encore inconnu. Le jury est composé d'écrivains et de critiques littéraires renommés, souvent d'anciens lauréats. Le processus de sélection est rigoureux et fait l'objet d'une grande attention médiatique, les délibérations et les désaccords étant parfois rendus publics. Le prix s'accompagne d'un trophée (une montre) et d'une dotation d'un million de yens (environ 6 000 euros), mais sa valeur symbolique et son impact sur la carrière de l'auteur sont inestimables.

Histoire

Le prix fut fondé en 1935 par Kan Kikuchi, écrivain à succès et fondateur de la maison d'édition Bungei Shunjū, en hommage à son ami et mentor, l'écrivain Ryūnosuke Akutagawa, décédé en 1927. Le premier prix fut décerné en 1935 à Tatsuzō Ishikawa pour 'Sōbō' (La Foule). Le prix fut suspendu pendant la Seconde Guerre mondiale (de 1945 à 1949) mais reprit ensuite sans interruption. Son histoire reflète les évolutions de la littérature japonaise moderne, couronnant des œuvres allant du réalisme pur à l'expérimentation formelle. Il a parfois été critiqué pour son conservatisme, mais a également su saluer des voix avant-gardistes.

Caracteristiques

Le prix Akutagawa possède plusieurs caractéristiques distinctives. Il est exclusivement destiné aux œuvres de 'jun-bungaku' (littérature pure), par opposition à la littérature populaire. Il privilégie la qualité littéraire et l'innovation stylistique sur le simple divertissement. Le prix est souvent jumelé avec le prix Naoki, décerné lors des mêmes cérémonies mais récompensant un auteur de littérature populaire (taishū bungaku), créant ainsi un dialogue entre deux pôles de la création. Les lauréats sont généralement jeunes, souvent dans la vingtaine ou la trentaine, ce qui en fait un baromètre des nouvelles générations d'écrivains.

Importance

L'importance du prix Akutagawa est immense. Il est perçu comme le sésame pour une carrière littéraire sérieuse au Japon. Être 'akutagawashō jushō-sha' (lauréat du prix Akutagawa) confère une légitimité immédiate et une grande visibilité. De nombreux auteurs primés sont devenus des figures centrales de la littérature japonaise, comme Kenzaburō Ōe (prix Nobel de littérature 1994), qui le remporta en 1958 à 23 ans, ou plus récemment Hiromi Kawakami et Sayaka Murata. Le prix influence également les tendances éditoriales et les ventes en librairie. Il joue un rôle crucial dans la découverte et la consécration des talents littéraires, façonnant le canon littéraire japonais contemporain.

Anecdotes

Le plus jeune lauréat

Le record du plus jeune lauréat est détenu par Kenzaburō Ōe, qui reçut le prix en janvier 1958 à l'âge de 23 ans pour 'La Proie' (Shiiku). Cette reconnaissance précoce lança la carrière de celui qui deviendra, trente-six ans plus tard, le deuxième Japonais à recevoir le prix Nobel de littérature.

Le refus et le prix non décerné

En 1994, l'écrivaine Yōko Tawada refusa le prix qui lui était destiné pour son roman 'Le Jardin nuptial' (Yōgisha no yakō ressha), invoquant son désir de rester libre de toute étiquette. Par ailleurs, il arrive que le jury, faute de consensus sur une œuvre méritante, décide de ne pas attribuer le prix. Cela s'est produit à plusieurs reprises, la dernière en 2023 (157ème édition), suscitant toujours débats et commentaires.

Le prix et la controverse

L'attribution du prix à Kenji Nakagami en 1975 pour 'La Mer aux arbres morts' (Karekinada) fut historique : il fut le premier lauréat issu de la communauté discriminée des burakumin. Son œuvre, traitant frontalement des tabous sociaux et de l'oppression, a montré la capacité du prix à mettre en lumière des questions sociales brûlantes et des voix marginalisées.

Un duo célèbre : Akutagawa et Naoki

Lors de la même cérémonie, sont annoncés les lauréats du prix Akutagawa (littérature pure) et du prix Naoki (littérature populaire). Cette dualité, instaurée par le fondateur Kan Kikuchi, illustre la coexistence des deux courants majeurs de la littérature japonaise. Les médias parlent souvent du 'double couronnement' (ryōshō) lorsqu'un même magazine ou éditeur remporte les deux prix simultanément, ce qui est un événement rare et très médiatisé.

Sources

  • Société pour la promotion de la littérature japonaise (Bungei Shunjū) - Site officiel du prix.
  • The Akutagawa Prize: A Literary Award and the Japanese Literary World, par Hiroyoshi Noto.
  • Historical Dictionary of Modern Japanese Literature and Theater, par J. Scott Miller.
  • Articles de presse et analyses dans les grands journaux japonais (Asahi Shimbun, Yomiuri Shimbun) lors des annonces semestrielles.
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