Introduction
Nana est un roman emblématique d'Émile Zola, publié en 1880. Il constitue le neuvième volume de la série des Rougon-Macquart, « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire ». Le livre se concentre sur Anna Coupeau, dite Nana, fille de Gervaise Macquart et de Coupeau (personnages de L'Assommoir). Zola y dépeint avec une crudité sans précédent le monde du théâtre et de la prostitution de luxe, faisant de son héroïne une force de la nature, à la fois produit et symbole de la corruption d'une époque.
Resume
L'histoire s'ouvre en 1867 sur les débuts théâtraux désastreux de Nana dans une opérette au Théâtre des Variétés, où son manque de talent est compensé par sa beauté provocante qui subjugue le tout-Paris masculin. Rapidement, elle devient une courtisane adulée, installée dans un hôtel particulier somptueux offert par le comte Muffat de Beuville, chambellan de l'Impératrice et homme pieux qu'elle déprave méthodiquement. Tour à tour, elle séduit et ruine une galerie d'hommes : le banquier Steiner, le jeune Georges Hugon et son frère le lieutenant Philippe, le journaliste Fauchery. Sa vie est un tourbillon de luxe, de dettes et de caprices. Alors que sa fortune semble intouchable, sa beauté commence à décliner, et elle quitte Paris pour des aventures à l'étranger. Elle revient, ravagée par la variole, alors que Paris est en liesse pour la déclaration de guerre de 1870. Elle meurt seule, défigurée, dans une chambre d'hôtel, tandis que la foule hurle « À Berlin ! » sous ses fenêtres, annonçant la chute du régime qui l'a vue naître.
Personnages
Nana (Anna Coupeau) : L'héroïne, courtisane d'une beauté animal et destructrice. Le comte Muffat de Beuville : Homme pieux et haut fonctionnaire, totalement asservi et ruiné par Nana. Sabine de Beuville : Épouse de Muffat, qui se libère par l'adultère. Steiner : Banquier juif alsacien, spéculateur ruiné par Nana. Georges Hugon : Jeune homme naïf et passionné qui se suicide pour elle. Philippe Hugon : Frère de Georges, officier qui vole la caisse de son régiment pour Nana et est emprisonné. Fauchery : Journaliste et dramaturge, amant puis spectateur cynique. Satin : Prostituée du trottoir, amante et amie de Nana, contrepoint de sa vie luxueuse. Bordenave : Directeur du Théâtre des Variétés, incarnation du show-business cynique. Zoé : Femme de chambre dévouée et pratique de Nana.
Themes
La corruption sociale et morale du Second Empire. La puissance destructrice du désir et de la sexualité féminine, souvent comparée à une force naturelle (Nana est décrite comme un « ferment de destruction », une « mouche d'or » venue des pourritures sociales). La décadence et la fin d'un monde, symbolisée par la mort de Nana coïncidant avec le début de la guerre franco-prussienne. L'argent comme moteur des relations et signe de déchéance. L'hérédité et le milieu : Nana est présentée comme le produit de l'alcoolisme et de la misère de sa lignée (les Rougon-Macquart). La condition féminine et les seules voies de pouvoir accessibles (la prostitution). Le naturalisme : Zola applique sa méthode, documentant avec précision les milieux (théâtre, maisons closes, intérieurs riches) et traitant ses personnages comme des cas physiologiques et sociaux.
Contexte
Zola écrit Nana après le succès de scandale de L'Assommoir (1877). Il mène un travail d'enquête minutieux, visitant les coulisses des théâtres, interrogeant des actrices et étudiant le milieu de la galanterie parisienne. Le roman paraît d'abord en feuilleton dans Le Voltaire à partir d'octobre 1879. Le Second Empire, tombé en 1870, est encore proche, permettant à Zola de porter un regard critique et analytique sur ses excès, dans le cadre plus large de son étude de l'hérédité et des milieux sociaux.
Reception
À sa parution, Nana fut un immense succès de scandale. Les 55 000 exemplaires du premier tirage furent épuisés en un jour. La critique fut partagée entre l'admiration pour la puissance de l'œuvre et l'indignation face à son audace crue. On accusa Zola de pornographie. Le roman solidifia la notoriété de Zola et devint un pilier du naturalisme. Il influença profondément la représentation de la courtisane dans la littérature et les arts. Aujourd'hui, il est considéré comme un chef-d'œuvre de Zola, une peinture implacable d'une société et une réflexion puissante sur le désir, le pouvoir et la décadence.
