Introduction
Les Contes de Canterbury est l'œuvre majeure de Geoffrey Chaucer, considérée comme l'un des fondements de la littérature anglaise. Écrite en moyen anglais, elle marque une rupture avec la domination du latin et du français dans les textes savants et courtois. L'œuvre se présente comme un récit-cadre (un 'frame narrative') ingénieux : un groupe de pèlerins, issus de toutes les couches de la société du XIVe siècle, se rencontre dans une auberge de Southwark, à Londres, avant de partir pour Canterbury. Pour animer le voyage, l'aubergiste propose un concours : chacun racontera deux histoires à l'aller et deux au retour ; celui qui offrira le meilleur récit recevra un repas gratuit à son retour. Ce dispositif permet à Chaucer de rassembler une extraordinaire variété de genres littéraires et de points de vue sociaux.
Resume
L'œuvre s'ouvre sur un Prologue Général, chef-d'œuvre de caractérisation, où le narrateur (Chaucer lui-même) décrit minutieusement chacun des vingt-neuf pèlerins – du Chevalier noble au Meunier rustre, en passant par la Prudente Bourgeoise de Bath, le Moine chasseur, le Pardonneur vénal et le Curé de campagne vertueux. Le voyage commence et les récits s'enchaînent, formant une collection inachevée (seulement 24 contes sur les 120 prévus sont présents dans les manuscrits). Les histoires sont d'une grande diversité : romans courtois (Le Conte du Chevalier), fabliaux grivois (Le Conte du Meunier, Le Conte du Marinier), vies de saints (Le Conte de la Prieure), fables animales (Le Conte du Chanoine et de son Valet), sermons (Le Conte du Pardonneur), et allégories morales (Le Conte du Curé). Les récits sont souvent entrecoupés de disputes et de dialogues entre les pèlerins, ajoutant une dimension dramatique et comique au voyage.
Personnages
Les personnages principaux sont les pèlerins eux-mêmes, archétypes mais dotés d'une individualité remarquable. Parmi eux : Le Chevalier, vétéran honorable et guerrier ; le Meunier, ivrogne et bagarreur ; la Bourgeoise de Bath, veuve riche et expérimentée, qui défend la souveraineté des femmes en mariage ; le Moine, plus intéressé par la chasse et les plaisirs que par la prière ; le Pardonneur, charlatan qui vend de fausses reliques ; le Curé de campagne, homme humble et pieux qui contraste avec les ecclésiastiques corrompus ; et l'Hôtelier, Harry Bailey, qui sert de maître de cérémonies énergique et franc.
Themes
Les thèmes sont multiples et reflètent les préoccupations de l'époque : la condition sociale et les hypocrisies de classe, la corruption au sein de l'Église, la chevalerie et la courtoisie, le mariage et les relations entre les sexes, la fortune et l'instabilité du destin, le péché et la rédemption. Chaucer explore ces thèmes avec un mélange d'ironie, de satire, de compassion et de réalisme. L'œuvre interroge également la nature du récit et de la vérité, chaque conte reflétant le caractère et les motivations de son narrateur.
Contexte
Chaucer a écrit les Contes dans les dernières années de sa vie, sous le règne de Richard II. L'Angleterre sortait de la Peste Noire et de la Guerre de Cent Ans, événements qui avaient bouleversé l'ordre social et économique. La montée de la classe moyenne, les critiques contre l'Église (anticipant les idées de Wycliffe), et un intérêt croissant pour la littérature en langue vernaculaire forment le terreau de l'œuvre. Chaucer s'inspire de sources variées : Boccace (pour le Décaméron qui utilise aussi un récit-cadre), la littérature française courtoise, les fabliaux, la philosophie classique et la théologie chrétienne.
Reception
De son vivant, Chaucer était célébré comme un grand poète. Après sa mort, les Contes sont restés populaires, étant parmi les premiers livres imprimés en Angleterre par William Caxton. L'œuvre a connu une éclipse relative à la Renaissance avant d'être redécouverte et célébrée à partir du Romantisme pour son réalisme et son portrait vivant de l'Angleterre médiévale. Elle est aujourd'hui considérée comme une œuvre fondatrice, ayant grandement contribué à la standardisation et à la légitimation de la langue anglaise. Son influence est immense sur des auteurs comme Shakespeare, Dryden (qui en a fait une adaptation), et bien d'autres. Elle est étudiée pour sa valeur littéraire, historique, linguistique et sociologique.
