Le Rouge et le Noir

Roman de Stendhal publié en 1830, chronique de la société française de la Restauration à travers l'ascension et la chute de Julien Sorel, jeune homme ambitieux d'origine modeste, déchiré entre la carrière militaire (le rouge) et la carrière ecclésiastique (le noir).

Introduction

Considéré comme l'un des premiers grands romans réalistes et psychologiques de la littérature française, 'Le Rouge et le Noir' est un chef-d'œuvre de Stendhal (pseudonyme de Marie-Henri Beyle). Sous-titré 'Chronique du XIXe siècle', il offre une peinture acerbe et lucide de la société française sous la Restauration (1815-1830), marquée par l'hypocrisie, l'arrivisme et la lutte des classes. Le titre symbolise les deux voies possibles pour un jeune homme ambitieux de l'époque : l'armée (le rouge des uniformes napoléoniens) et l'Église (le noir de la soutane). Le roman est aussi une plongée profonde dans la psychologie complexe de son héros, Julien Sorel.

Resume

L'intrigue se déroule entre 1826 et 1830. Julien Sorel, fils d'un charpentier brutal de Verrières en Franche-Comté, est un jeune homme intelligent, sensible et ambitieux, nourri des idéaux napoléoniens. Pour s'élever socialement, il devient précepteur des enfants de M. de Rênal, le maire légitimiste de la ville. Il séduit Mme de Rênal, dont il tombe sincèrement amoureux. Un scandale l'oblige à quitter la ville et à entrer au séminaire de Besançon, où il apprend l'hypocrisie nécessaire pour réussir dans le clergé. Grâce à la protection de l'abbé Pirard, il devient secrétaire du marquis de La Mole, aristocrate parisien ultra. Dans cet environnement mondain et cynique, il séduit la fille du marquis, Mathilde de La Mole, fière et romantique, fascinée par l'audace de ce roturier. Julien obtient ainsi un titre de noblesse et une commission d'officier. Mais une lettre de dénonciation de Mme de Rênal, manipulée par son confesseur, révèle sa liaison passée au marquis et ruine ses projets. Fou de rage et de désespoir, Julien tire sur Mme de Rênal dans une église. Emprisonné et jugé, il refuse de se défendre devant une société qu'il méprise et est condamné à mort. Il retrouve dans sa cellule un amour purifié avec Mme de Rênal, qui lui pardonne, et meurt sur l'échafaud, choisissant l'authenticité dans la mort plutôt que la compromission dans la vie.

Personnages

Julien Sorel : Le héros, jeune homme complexe, partagé entre sa sensibilité romantique, son ambition dévorante et son talent pour l'hypocrisie calculée. Il incarne la révolte de l'énergie individuelle contre l'ordre social établi. Madame de Rênal : Épouse du maire de Verrières, femme pieuse, naïve et passionnée, dont l'amour sincère et maternel pour Julien contraste avec les calculs mondains. Mathilde de La Mole : Fille du marquis, aristocrate orgueilleuse, romantique et excentrique, qui voit en Julien un héros à la manière de ses ancêtres du XVIe siècle. Elle est attirée par le danger et le mépris des conventions. L'abbé Pirard : Janséniste intègre et austère, directeur du séminaire de Besançon, qui protège Julien par estime pour son intelligence. Le marquis de La Mole : Noble ultra, puissant et cynique, représentant de l'aristocratie légitimiste de la Restauration. Fouqué : Ami fidèle et républicain de Julien, seul personnage sincère et désintéressé.

Themes

L'ambition sociale et la mobilité : Le roman analyse les mécanismes de l'ascension sociale dans une société figée. La lutte des classes : Opposition entre la bourgeoisie provinciale (les Rênal), l'aristocratie parisienne (les La Mole) et le peuple (les Sorel). L'hypocrisie : Présentée comme une nécessité pour réussir, notamment dans le milieu clérical (le séminaire de Besançon). L'amour et la passion : Deux formes d'amour sont contrastées : l'amour tendre et naturel (Mme de Rênal) et l'amour orgueilleux et calculé (Mathilde). La psychologie : Stendhal explore avec une finesse inédite les motivations intérieures, les contradictions et les mouvements de l'âme de ses personnages (cristallisation amoureuse). Le conflit entre l'idéal et la réalité : Julien, nourri des mythes napoléoniens et rousseauistes, se heurte à la médiocrité du monde réel.

Contexte

Stendhal écrit 'Le Rouge et le Noir' en 1829-1830, à la fin du règne de Charles X. Le roman s'inspire de deux faits divers rapportés dans la Gazette des Tribunaux : l'affaire Berthet (un précepteur qui tua son ancienne maîtresse) et l'affaire Lafargue. Stendhal transpose ces événements pour en faire une analyse sociale et politique de la France post-révolutionnaire et post-napoléonienne, où la bourgeoisie triomphante et l'aristocratie restaurée étouffent les talents issus du peuple. Le roman paraît en novembre 1830, quelques mois après la Révolution de Juillet qui mit fin à la Restauration, ce qui lui donne un caractère rétrospectif et critique.

Reception

À sa parution, le roman fut un échec commercial et reçut un accueil critique mitigé, jugé trop cynique et immoral. Il fallut attendre la seconde moitié du XIXe siècle, notamment avec les éloges de Balzac, Taine et Zola, pour qu'il soit reconnu comme un chef-d'œuvre. Il est aujourd'hui considéré comme un pilier de la littérature mondiale, un modèle de roman psychologique et une étude sociologique remarquable. Son influence sur les écrivains réalistes et modernes (Flaubert, Dostoïevski, Gide) est immense. La formule stendhalienne décrivant le roman comme 'un miroir que l'on promène le long d'un chemin' est devenue célèbre.

Sources

  • Stendhal, 'Le Rouge et le Noir', édition originale A. Levavasseur, 1830.
  • Henri Martineau, 'L'Œuvre de Stendhal', Le Divan, 1945.
  • Michel Crouzet, 'Stendhal et le Rouge et le Noir', SEDES, 1995.
  • Gérald Rannaud, 'Le Rouge et le Noir de Stendhal', Gallimard Foliothèque, 1999.
  • Encyclopédie Universalis, article 'Le Rouge et le Noir'.
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