Introduction
Le Comte de Monte-Cristo est l'un des romans les plus populaires de la littérature française et mondiale. Publié en feuilleton entre 1844 et 1846, il est le fruit de la collaboration entre Alexandre Dumas et son « nègre » Auguste Maquet. Mêlant intrigue haletante, rebondissements spectaculaires, romance et réflexion sur la justice, le roman explore les thèmes de la trahison, de la vengeance, de la rédemption et de la toute-puissance de l'argent. Il s'inscrit dans le contexte de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, époque où les ambitions sociales et les intrigues politiques sont féroces.
Resume
En 1815, Edmond Dantès, jeune marin prometteur, est sur le point d'épouser la belle Mercédès et de devenir capitaine du navire Le Pharaon. Trois hommes, jaloux de son bonheur, ourdissent un complot : Danglars par cupidité, Fernand Mondego par amour pour Mercédès, et le voisin Caderousse par lâcheté. Accusé à tort de bonapartisme sur une lettre dénonciatrice, Dantès est arrêté le jour de ses noces et enfermé au château d'If, sur l'intervention du substitut du procureur, Gérard de Villefort, qui craint que cette affaire ne compromette sa carrière. Après quatorze années d'incarcération, Dantès rencontre l'abbé Faria, un autre prisonnier qui lui enseigne les sciences, les langues et la philosophie, et lui révèle l'existence d'un trésor colossal caché sur l'île de Montecristo. À la mort de Faria, Dantès s'évade, trouve le trésor et se forge une nouvelle identité. Devenu le riche et énigmatique Comte de Monte-Cristo, il entreprend une vengeance méthodique et théâtrale contre ses anciens ennemis, désormais puissants et installés dans la haute société parisienne. Sa vengeance, d'une précision mathématique, frappe non seulement les coupables mais aussi leurs familles, le conduisant à s'interroger sur les limites de sa mission et sur la frontière entre la justice divine et la folie humaine.
Personnages
Edmond Dantès / Comte de Monte-Cristo / Lord Wilmore / Abbé Busoni : Le héros, incarnation de l'innocence brisée puis de la vengeance omnisciente. Mercédès : Son ancienne fiancée, qui épouse Fernand par désespoir. Fernand Mondego / Comte de Morcerf : L'ami jaloux qui trahit Dantès pour obtenir Mercédès et devient un général et pair de France. Danglars : L'envieux, devenu un banquier richissime et avare. Gérard de Villefort : Le magistrat ambitieux qui l'a emprisonné pour protéger son père bonapartiste et sa carrière. L'abbé Faria : Le sage prisonnier, mentor de Dantès. Haydée : La princesse grecque, esclave affranchie et témoin clé contre Morcerf. Maximilien Morrel : Le fils de l'ancien armateur de Dantès, symbone de loyauté et objet de la clémence finale du Comte. Albert de Morcerf : Fils de Fernand et Mercédès, dont l'amitié avec le Comte complexifie la vengeance.
Themes
La vengeance : Pilier central du roman, explorée comme une entreprise méticuleuse, quasi divine, mais aussi comme un poison pour l'âme. La justice et l'injustice : Opposition entre la justice humaine, corrompue (Villefort), et la justice que s'arroge Dantès. La métamorphose et l'identité : Dantès meurt en prison pour renaître sous plusieurs identités, questionnant la notion de soi. La puissance de l'argent : Le trésor est l'outil qui permet la transformation et la vengeance, offrant un pouvoir quasi magique. La trahison et la loyauté : Les trahisons initiales contrastent avec les fidélités indéfectibles (Morrel, Haydée). La providence et le fatalisme : Le Comte se considère comme l'instrument de la Providence, mais finit par douter de son mandat.
Contexte
Alexandre Dumas, au sommet de sa gloire, écrit ce roman en pleine ère du roman-feuilleton, où le suspense et les rebondissements sont rois. Il s'inspire d'une histoire vraie tirée des archives de la police, celle du cordonnier Pierre Picaud, emprisonné sur une fausse dénonciation. Le contexte historique est crucial : l'action débute au retour de Napoléon de l'île d'Elbe (les Cent-Jours), période de tensions politiques entre bonapartistes et royalistes que Villefort exploite. La société de la Monarchie de Juillet (1830-1848), matérialiste et bourgeoise, est la cible de la satire de Dumas à travers les personnages de Danglars et Villefort.
Reception
Dès sa parution en feuilleton, le roman connaît un succès phénoménal, le public attendant avec fièvre chaque nouvel épisode. Il est rapidement traduit dans de nombreuses langues et n'a jamais cessé d'être réédité. Considéré comme le prototype du roman populaire de haute qualité, il a influencé d'innombrables œuvres. La critique littéraire a longtemps oscillé entre le dédain pour son caractère « populaire » et la reconnaissance de sa construction narrative exceptionnelle, de la profondeur de ses personnages et de la puissance de ses thèmes. Aujourd'hui, il est unanimement salué comme un monument de la littérature mondiale.
