La Peste

Un roman allégorique d'Albert Camus qui raconte l'épidémie de peste qui frappe la ville d'Oran, en Algérie, et la réaction de ses habitants face à ce fléau. Œuvre majeure de l'absurde et de la révolte, elle explore les thèmes de la solidarité, de l'engagement et de la condition humaine face au mal.

Introduction

Publié en 1947, 'La Peste' est le deuxième roman d'Albert Camus, après 'L'Étranger'. Considéré comme un chef-d'œuvre de la littérature française du XXe siècle, il appartient au « cycle de la révolte » de l'auteur, avec 'L'Homme révolté'. Le récit, présenté comme une chronique objective tenue par le docteur Bernard Rieux, utilise l'allégorie de la peste pour évoquer l'occupation nazie, mais aussi toute forme de fléau collectif et de mal métaphysique. Il pose la question de l'action et de la responsabilité individuelle dans un monde absurde.

Resume

Le roman débute dans les années 1940 à Oran, ville portuaire algérienne décrite comme banale et matérialiste. Soudain, les rats commencent à mourir en masse dans les rues, puis les premiers cas humains de fièvre apparaissent. Le docteur Bernard Rieux identifie la maladie comme étant la peste bubonique. Les autorités, après une période de déni, finissent par fermer hermétiquement la ville. Oran est mise en quarantaine, coupée du monde. Le récit suit alors les réactions de divers personnages : Rieux, qui se dévoue sans relâche pour soigner les malades ; Jean Tarrou, un étranger qui organise des équipes sanitaires volontaires ; Joseph Grand, un modeste employé municipal ; le Père Paneloux, un jésuite qui tente de donner un sens religieux au fléau ; Raymond Rambert, un journaliste parisien qui cherche désespérément à fuir pour rejoindre sa femme ; et Cottard, un trafiquant qui profite de la crise. La peste sévit pendant près d'un an, provoquant des milliers de morts, l'isolement, la peur et la désolation. Après une période de stagnation, l'épidémie recule finalement et les portes de la ville rouvrent. La vie reprend son cours, mais les survivants sont marqués à jamais, conscients que le bacille de la peste peut sommeiller et resurgir un jour.

Personnages

Bernard Rieux : Le narrateur principal (révélé à la fin), médecin qui incarne l'engagement humaniste et la lutte contre le mal par l'action concrète. Jean Tarrou : Un voyageur idéaliste, observateur et chroniqueur de la peste, qui cherche une « sainteté sans Dieu » et organise la résistance sanitaire. Joseph Grand : Un employé municipal modeste et méticuleux, obsédé par la rédaction d'une phrase parfaite, symbole de l'effort humble et persévérant. Raymond Rambert : Un journaliste parisien séparé de sa femme par la quarantaine ; son évolution de l'égoïsme (la fuite) à la solidarité (rester pour aider) est centrale. Le Père Paneloux : Prêtre jésuite qui prononce deux sermons ; le premier voit la peste comme un châtiment divin, le second, après la mort d'un enfant innocent, la présente comme une épreuve de foi absurde. Cottard : Un criminel en fuite qui se réjouit de la peste car elle abolit les normes sociales et lui permet de prospérer dans le marché noir. Il représente la complicité avec le fléau.

Themes

L'Absurde : La peste est une manifestation de l'absurdité de la condition humaine, un mal incompréhensible et arbitraire qui frappe sans raison. La Révolte : Face à l'absurde, Camus prône la révolte solidaire. Se révolter, c'est lutter contre le fléau, non par espoir de victoire définitive, mais par dignité humaine. La Solidarité : La lutte contre la peste forge des liens entre les hommes. L'engagement de Rieux, Tarrou et des volontaires montre que la fraternité naît dans l'action commune. La Quarantaine et l'Exil : La fermeture de la ville crée un sentiment universel d'exil et de séparation, métaphore de la condition humaine isolée. La Mémoire et l'Histoire : Le narrateur écrit pour témoigner, pour que les leçons ne soient pas oubliées. Le roman se termine sur l'avertissement que le bacille ne meurt jamais, insistant sur la vigilance nécessaire. La Religion : Le débat entre la vision religieuse (Paneloux) et l'humanisme athée (Rieux, Tarrou) est central. Camus rejette les explications transcendantes du mal.

Contexte

Camus écrit 'La Peste' pendant et après la Seconde Guerre mondiale. L'expérience de la Résistance et de l'Occupation nazie en France est l'allégorie évidente du roman : la peste représente le nazisme (ou tout totalitarisme), la quarantaine est l'occupation, et les formations sanitaires évoquent les réseaux de résistance. Camus lui-même a déclaré : « La Peste a […] comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. » Le livre est aussi une réflexion plus large sur le mal, écrite au lendemain d'une guerre qui a révélé l'horreur des camps d'extermination. Il s'inscrit dans la pensée de Camus développée dans 'Le Mythe de Sisyphe' (l'absurde) et 'L'Homme révolté' (la révolte solidaire).

Reception

À sa parution, 'La Peste' a connu un immense succès public (plus de 160 000 exemplaires vendus en deux ans) et a été salué par la critique comme un grand roman moral pour l'après-guerre. Il a valu à Camus le prix des Critiques en 1947. Certains intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre et les marxistes, lui ont reproché son manque de dimension politique concrète et son humanisme abstrait. Avec le temps, l'œuvre est devenue un classique mondial, étudié pour sa portée philosophique et sa puissance narrative. Sa pertinence reste intacte, étant régulièrement invoquée lors de crises sanitaires (comme la pandémie de COVID-19) ou politiques, pour son message sur la solidarité, la résistance au mal et la nécessité du témoignage.

Sources

  • Camus, Albert. 'La Peste'. Gallimard, 1947.
  • Todd, Olivier. 'Albert Camus, une vie'. Gallimard, 1996.
  • Lévi-Valensi, Jacqueline (éd.). 'Les Critiques de notre temps et Camus'. Garnier, 1970.
  • Dictionnaire Albert Camus, sous la direction de Jeanyves Guérin. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2009.
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