Introduction
Le sonnet est une forme poétique brève et codifiée, considérée comme l'un des joyaux de la poésie occidentale. Né en Italie au XIIIe siècle, il s'est diffusé dans toute l'Europe, connaissant des adaptations majeures selon les langues et les époques. Sa brièveté contrainte, loin d'être une limite, est perçue comme un cadre idéal pour condenser une pensée, une émotion ou une image avec une intensité maximale, alliant rigueur formelle et expressivité profonde.
Description
Un sonnet est traditionnellement composé de quatorze vers, le plus souvent des décasyllabes ou des alexandrins dans la tradition française. Sa structure canonique se divise en deux grandes parties : deux quatrains (strophes de quatre vers) suivis de deux tercets (strophes de trois vers). Les quatrains présentent généralement une situation, une thèse ou une image, tandis que les tercets opèrent un retournement, une réponse ou une conclusion, souvent marquée par une 'chute' ou 'pointe' finale. Les schémas de rimes sont stricts et varient selon le type de sonnet. Le sonnet pétrarquiste ou français privilégie les rimes embrassées (ABBA ABBA) pour les quatrains, suivies de rimes variées pour les tercets (par exemple CCD EDE ou CCD EED). Le sonnet shakespearien ou élisabéthain, lui, est constitué de trois quatrains à rimes croisées (ABAB CDCD EFEF) et d'un distique final à rimes plates (GG).
Histoire
Le sonnet naît à la cour de Frédéric II de Sicile au XIIIe siècle, sous la plume de poètes comme Giacomo da Lentini. Il est perfectionné et popularisé au XIVe siècle par le poète italien Pétrarque dans son 'Canzoniere', un recueil dédié à son amour pour Laure. Le modèle pétrarquiste, avec son idéalisation de la femme aimée et son exploration des sentiments contradictoires, devient un archétype. La forme est importée en France au XVIe siècle par Clément Marot et surtout sublimée par la Pléiade, avec Pierre de Ronsard et Joachim du Bellay ('Les Regrets'). En Angleterre, au XVIe siècle, Thomas Wyatt et Henry Howard l'adaptent, avant que William Shakespeare n'en donne une version anglaise définitive, plus narrative et philosophique, dans ses 154 'Sonnets'. Le sonnet connaît un âge d'or au XIXe siècle avec les Romantiques (Wordsworth, Keats), les Parnassiens (Leconte de Lisle) et les symbolistes (Baudelaire dans 'Les Fleurs du Mal', Mallarmé, Verlaine). Il est revisité, parfois malmené ou libéré, au XXe siècle par des auteurs comme Rilke, Apollinaire ('Alcools') ou encore Paul Éluard.
Caracteristiques
Les caractéristiques fondamentales du sonnet sont sa fixité (14 vers), sa division bipartite (4+4 / 3+3 ou 4+4+4+2), et la densité de son expression. La contrainte formelle (mètre, rimes, disposition) est essentielle et crée une tension féconde avec le contenu. Le sonnet cultive souvent l'antithèse et l'oxymore pour exprimer des conflits intérieurs. Le 'volta' (ou 'tournant') est un élément clé : c'est la transition, souvent située entre les quatrains et les tercets (ou avant le distique final chez Shakespeare), qui marque un changement de ton, d'argument ou de perspective. Les thèmes de prédilection sont l'amour (idéalisé, malheureux, charnel), la fuite du temps, la mort, la beauté de la nature et la réflexion métaphysique ou artistique.
Importance
Le sonnet est d'une importance capitale dans l'histoire littéraire. Il a servi de laboratoire formel pour des générations de poètes, testant les limites de la langue dans un cadre exigeant. Il est le symbole même de la poésie savante et du lyrisme contrôlé. Sa diffusion à travers l'Europe en fait un vecteur majeur des idées de la Renaissance et de l'humanisme. Au-delà de son succès historique, il reste une forme vivante, constamment réinventée (sonnets en prose, sonnets libérés, sonnets visuels), prouvant que la contrainte peut être une source inépuisable de créativité. Il incarne l'alliance parfaite entre la discipline de la forme et la puissance de l'émotion.
