Introduction
Johann Wolfgang von Goethe est considéré comme l'une des plus grandes figures intellectuelles de l'histoire occidentale. Homme de lettres, scientifique, homme d'État et penseur, son œuvre immense et polymorphe incarne l'idéal humaniste de la "Bildung" (formation de soi). Il domina la vie littéraire allemande de la fin du XVIIIe au début du XIXe siècle, d'abord comme porte-étendard du mouvement pré-romantique "Sturm und Drang", puis comme pilier, avec son ami Friedrich Schiller, du classicisme de Weimar. Son influence s'étend bien au-delà de la littérature, touchant la philosophie, les sciences naturelles et la théorie des couleurs.
Jeunesse
Fils d'une famille bourgeoise aisée et cultivée de Francfort, Goethe reçoit une éducation exigeante et précoce, étudiant le latin, le grec, le français et l'italien. En 1765, il entame des études de droit à Leipzig, où il découvre la vie mondaine et s'initie à la poésie et au dessin. Une grave maladie le contraint à rentrer à Francfort en 1768. Après sa convalescence, il poursuit ses études à Strasbourg (1770-1771), où il obtient son diplôme de droit. Cette période est décisive : il y rencontre le philosophe et critique Johann Gottfried Herder, qui l'initie à Shakespeare, à la poésie populaire et aux idées du "Sturm und Drang", rejetant le rationalisme des Lumières au profit de l'expression des passions et du génie individuel.
Carriere
Sa carrière littéraire explose en 1774 avec le roman épistolaire "Les Souffrances du jeune Werther", qui lui apporte une célébrité européenne et incarne l'esprit du "Sturm und Drang". En 1775, sur l'invitation du jeune duc Charles-Auguste, il s'installe à Weimar, où il passera le reste de sa vie. Il y occupe d'importantes fonctions politiques et administratives (conseiller secret, ministre). Un voyage en Italie (1786-1788) marque un tournant : il se détourne du subjectivisme passionné pour se tourner vers l'idéal de mesure, d'harmonie et de beauté formelle de l'Antiquité, fondant ainsi le classicisme de Weimar. Sa fructueuse amitié avec Schiller (à partir de 1794) stimule sa production (ballades, revue "Les Heures"). Il travaille toute sa vie à son œuvre monumentale, "Faust", dont la première partie paraît en 1808 et la seconde, posthume, en 1832. Parallèlement, il mène des recherches scientifiques ambitieuses en botanique, anatomie et optique.
Style
Le style de Goethe évolue considérablement au fil de sa vie. De la fougue lyrique, de la prose tourmentée et du langage direct du "Sturm und Drang" ("Werther", premiers drames), il évolue vers une forme classique, épurée et symbolique, recherchant l'équilibre entre la sensibilité et la raison, le désir et la loi. Sa poésie, d'une grande musicalité, exploite toutes les formes, du lied populaire à l'ode savante. Dans "Faust", il fusionne tous les styles, du trivial au sublime, du lyrique au dramatique, créant une forme totalisante. Sa prose, qu'elle soit romanesque ou autobiographique, allie précision observationnelle et profondeur philosophique.
Oeuvres Majeures
Outre "Faust", son œuvre magistrale qui explore les limites de la connaissance humaine et le pacte avec le diable, ses œuvres majeures incluent "Les Souffrances du jeune Werther" (1774), roman qui provoqua une vague de suicides en Europe ; "Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister" (1795-1796), prototype du roman de formation ("Bildungsroman") ; le drame "Götz von Berlichingen" (1773) ; les pièces classiques "Iphigénie en Tauride" (1787) et "Torquato Tasso" (1790) ; le roman électif "Les Affinités électives" (1809) ; et le vaste recueil poétique "Le Divan occidental-oriental" (1819), fruit de son intérêt pour la culture persane. Son autobiographie, "Poésie et Vérité" (1811-1833), est également un document capital.
Influence
L'influence de Goethe est incommensurable. Il est le pilier de la littérature allemande moderne, et son "Faust" est souvent considéré comme la somme de la culture occidentale. Les romantiques allemands et européens (Novalis, Byron, Hugo) l'admirent, tout en critiquant parfois son classicisme. Il influença profondément des philosophes comme Hegel, Schopenhauer et Nietzsche. Au XXe siècle, des écrivains comme Thomas Mann se réclament de son héritage. Son concept de "Weltliteratur" (littérature mondiale) anticipe la globalisation culturelle. Scientifiquement, bien que sa "Théorie des couleurs" ait été contestée par Newton, sa méthode holistic a inspiré des penseurs ultérieurs.
