Introduction
Jean-Jacques Rousseau est l'une des figures intellectuelles les plus complexes et influentes du XVIIIe siècle. Bien qu'associé aux Lumières, il en critique férocement certains fondements, comme la foi absolue dans le progrès et la raison. Sa pensée, centrée sur la bonté naturelle de l'homme corrompu par la société, constitue un pivot entre l'optimisme rationaliste et l'émergence du sentiment, de l'individu et de la subjectivité, annonçant le romantisme. Son œuvre, protéiforme, embrasse la philosophie politique, la pédagogie, l'autobiographie et même la musique.
Jeunesse
Né à Genève dans une famille protestante, Rousseau perd sa mère à sa naissance et est élevé par son père, un horloger fantasque. Une enfance marquée par la lecture précoce de Plutarque forge son esprit républicain. Apprenti chez un graveur, il fuit Genève à 16 ans. Il mène alors une vie d'aventures, converti au catholicisme par Madame de Warens à Annecy, qui devient sa bienfaitrice et son amante. Cette période d'errance, d'études autodidactes (musique, philosophie, sciences) et de quête identitaire est fondamentale pour comprendre son rejet des conventions et son culte de la nature.
Carriere
Sa carrière littéraire débute tardivement. Il se fait connaître à Paris par ses écrits sur la musique et une collaboration à l'Encyclopédie. Le Discours sur les sciences et les arts (1750), couronné par l'Académie de Dijon, le propulse sur la scène intellectuelle en défendant la thèse paradoxale que le progrès corrompt les mœurs. Suivent des œuvres majeures : le Discours sur l'origine de l'inégalité (1755), Julie ou la Nouvelle Héloïse (roman épistolaire à succès, 1761), Du Contrat social (fondement de la philosophie politique moderne, 1762) et Émile ou De l'éducation (traité pédagogique révolutionnaire, 1762). Ce dernier, condamné et brûlé pour ses idées religieuses (la « Profession de foi du vicaire savoyard »), le force à fuir la France. Ses dernières années, marquées par la paranoïa, sont consacrées à une introspection sans précédent dans Les Confessions (publiées à titre posthume) et Les Rêveries du promeneur solitaire.
Style
Le style de Rousseau est caractérisé par une éloquence passionnée et une grande force persuasive. Il allie la rigueur logique du philosophe à la sensibilité vibrante de l'autobiographe. Son écriture est souvent polémique, voire prophétique. Dans ses œuvres autobiographiques, il invente un style intime, lyrique et analytique, dévoilant ses émotions et ses contradictions avec une sincérité qui cherche à transcender la honte. Sa prose, fluide et mélodieuse, sert autant l'argumentation rationnelle que l'expression du moi et de la nature.
Oeuvres Majeures
Le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) théorise l'état de nature et dénonce la propriété privée comme source de l'inégalité. Du Contrat social (1762) pose les bases de la démocratie moderne en définissant la souveraineté populaire inaliénable et la volonté générale. Émile ou De l'éducation (1762) propose une pédagogie naturelle, centrée sur l'enfant et l'expérience, rompant avec les méthodes autoritaires. Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761) exalte la passion amoureuse et la vertu dans un cadre naturel idyllique. Les Confessions (1782-1789) inaugurent l'autobiographie moderne comme plaidoyer et exploration de l'intimité psychologique.
Influence
L'influence de Rousseau est immense et multiforme. Politiquement, il est le père intellectuel de la démocratie républicaine et de la souveraineté populaire ; ses idées inspirent directement les révolutionnaires de 1789 (Robespierre le vénérait) et les constitutions modernes. En pédagogie, il est le précurseur des méthodes actives (Pestalozzi, Montessori). En littérature, son exaltation du moi, de la nature et du sentiment fait de lui le père du romantisme européen (Goethe, Wordsworth, Chateaubriand). Sa psychologie introspective influence la naissance du roman moderne. Enfin, sa critique de la civilisation et son idéalisation de la nature résonnent dans les mouvements écologistes contemporains.
