Introduction
Jean de La Fontaine est une figure centrale du Grand Siècle français. Bien qu'il ait touché à divers genres (contes, comédies, poèmes), son nom reste indissociable de ses Fables, publiées en trois recueils entre 1668 et 1694. Ces textes courts, inspirés principalement d'Ésope, de Phèdre et de Pilpay, dépassent le simple apologue moral pour devenir un chef-d'œuvre de la langue française, alliant légèreté narrative, profondeur psychologique et une réflexion subtile sur le pouvoir, la justice et les travers humains. Son œuvre, d'abord destinée à l'éducation du Dauphin, a conquis toutes les couches de la société et reste aujourd'hui un pilier de la culture française.
Jeunesse
Né dans une famille bourgeoise de la petite noblesse de robe, Jean de La Fontaine étudie le droit à Paris et obtient son diplôme d'avocat en 1649. Il hérite de la charge de maître des Eaux et Forêts de son père, fonction qu'il exercera sans grand enthousiasme. Il fréquente les milieux littéraires parisiens et se lie d'amitié avec des figures comme Molière, Racine et Boileau. Sa vocation poétique s'affirme véritablement lorsqu'il devient, en 1658, le protégé de Nicolas Fouquet, le surintendant des finances de Louis XIV. Pour ce mécène, il écrit ses premiers poèmes importants, dont "Le Songe de Vaux". La disgrâce de Fouquet en 1661 le marque profondément et le contraint à chercher d'autres protecteurs, comme la duchesse de Bouillon et Madame de La Sablière, qui lui offriront asile et soutien.
Carriere
La carrière littéraire de La Fontaine est rythmée par la publication de ses Fables. Le premier recueil (Livres I à VI) paraît en 1668 et est dédié au Dauphin. Il rencontre un immense succès. Le second recueil (Livres VII à XI) suit en 1678-1679, et le dernier (Livre XII) en 1694. Parallèlement, il publie des Contes et Nouvelles en vers (1665-1674), d'un ton plus libre et galant, qui lui valent quelques ennuis avec les autorités religieuses. Il est élu à l'Académie française en 1683, après une candidature controversée et un long délai dû à l'opposition de Louis XIV, qui lui reprochait l'immoralité supposée de ses Contes. Ses dernières années sont marquées par une maladie et un retour à la dévotion, sans qu'il renie pour autant son œuvre.
Style
Le style de La Fontaine est d'une apparente simplicité et d'une virtuosité rare. Il utilise une grande variété de mètres (l'octosyllabe et l'alexandrin dominent) et de tons, passant du familier au sublime avec une aisance déconcertante. Son art réside dans la concision, le rythme narratif vif, et la justesse des portraits animaliers qui cachent des caractères humains. Il possède un génie de la formule et de la chute, souvent ironique ou désabusée. Sa langue, riche et imagée, puise dans tous les registres, créant un mélange unique de naturel et de sophistication qui fait des Fables un modèle d'écriture.
Oeuvres Majeures
L'œuvre majeure est évidemment l'ensemble des "Fables", comprenant 243 fables réparties en douze livres. Parmi les plus célèbres, on peut citer "Le Corbeau et le Renard", "La Cigale et la Fourmi", "Le Loup et l'Agneau", "Le Lièvre et la Tortue", "Le Chêne et le Roseau" ou "Le Laboureur et ses Enfants". Ses "Contes et Nouvelles en vers" (comme "La Coupe enchantée") ont également connu un grand succès à son époque. Il a aussi écrit des poèmes divers, une comédie, "L'Eunuque" (adaptation de Térence), et des livrets d'opéra pour Lully.
Influence
L'influence de La Fontaine est immense et durable. Considéré comme le « Homère français », il a fixé pour des siècles la forme et l'esprit de la fable en France. Ses vers sont appris par cœur par des générations d'écoliers, contribuant à forger la langue et la morale commune. Il a influencé de nombreux écrivains, de Florian à Orwell ("La Ferme des animaux"). Au-delà de la littérature, ses expressions sont entrées dans le langage courant. Son œuvre, à la fois accessible et d'une profonde richesse, continue d'être étudiée, illustrée (par Gustave Doré, Marc Chagall...) et réinterprétée, confirmant son statut de classique absolu et universel.
