Introduction
Gustave Flaubert est une figure centrale de la littérature française, souvent qualifié de "martyr de l'art" en raison de son dévouement obsessionnel à l'écriture. Héritier du romantisme mais fondateur d'une esthétique nouvelle, il a imposé le roman comme une forme d'art à part entière, exigeante et rigoureuse. Son influence sur les générations suivantes (de Maupassant à Proust, et au-delà) est immense. Il incarne le passage du romantisme flamboyant à un réalisme analytique et critique, où la forme est indissociable du fond.
Jeunesse
Fils d'un chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen, Achille-Cléophas Flaubert, et d'Anne Justine Caroline Fleuriot, Gustave grandit dans l'atmosphère médicale et scientifique de l'hôpital, ce qui influencera son regard clinique sur le monde. Cadet d'une famille bourgeoise, il est un élève rêveur et lit énormément. Il écrit dès l'adolescence (des textes comme "Mémoires d'un fou" en 1838). En 1840, il obtient son baccalauréat et part étudier le droit à Paris, mais il déteste cette discipline. En 1844, une crise nerveuse, probablement une forme d'épilepsie, l'oblige à abandonner ses études et à se retirer à Croisset, la propriété familiale près de Rouen. Cet événement scelle sa vocation d'écrivain et son mode de vie retiré.
Carriere
Flaubert consacre sa vie à l'écriture, vivant des revenus de sa fortune familiale. Son premier grand succès, et aussi son procès pour outrage à la morale publique et religieuse, est "Madame Bovary" (publié en feuilleton en 1856, puis en volume en 1857). L'acquittement est un triphe. Il alterne ensuite les sujets contemporains et historiques : "Salammbô" (1862), roman archéologique sur Carthage, est le fruit d'un travail de documentation colossal. "L'Éducation sentimentale" (1869), chronique désenchantée de la génération de 1848, est mal accueilli à sa parution. Il écrit aussi des contes ("Trois Contes" en 1877, incluant "Un cœur simple") et laisse inachevé "Bouvard et Pécuchet", satire encyclopédique de la bêtise humaine, publié après sa mort en 1881. Sa volumineuse correspondance, avec Louise Colet, George Sand ou Guy de Maupassant, constitue un chef-d'œuvre à part entière, véritable art poétique.
Style
Le style de Flaubert est caractérisé par le culte de la forme et le principe de l'impersonnalité. Il recherche l'objectivité absolue, voulant que "l'auteur soit dans son œuvre comme Dieu dans la création, invisible et tout-puissant". Cela passe par un travail acharné de réécriture, la fameuse "gueuloir" où il criait ses phrases pour en tester le rythme et la justesse. Son écriture est marquée par le souci du détail précis, l'usage du style indirect libre (qui fusionne la voix du narrateur et la pensée du personnage), et une prose rythmée, musicale, où chaque mot est pesé. Il est le théoricien et le praticien du "mot juste", celui qui exprime une idée de manière unique et irremplaçable.
Oeuvres Majeures
"Madame Bovary" (1857) est son œuvre la plus célèbre, portrait implacable d'une femme de province en proie à l'ennui et aux illusions romantiques, qui sombre dans l'adultère et la dette. "L'Éducation sentimentale" (1869) est considérée comme son chef-d'œuvre par beaucoup, dépeignant l'échec et la désillusion d'une génération à travers le parcours de Frédéric Moreau. "Salammbô" (1862) est un roman historique d'une puissance visuelle rare, explorant la violence et le sacré dans l'Antiquité. "Trois Contes" (1877), et notamment "Un cœur simple", montrent sa maîtrise de la forme brève et une profonde humanité. "Bouvard et Pécuchet" (inachevé, 1881) est une comédie philosophique sur l'échec de la connaissance.
Influence
Flaubert est une pierre angulaire de la littérature moderne. Il est considéré comme le père du roman réaliste et objectif, influençant directement le naturalisme de Zola et de Maupassant (son disciple). Son travail sur la forme et la prose a profondément marqué les écrivains du XXe siècle, de Marcel Proust (qui admirait sa phrase) à James Joyce, en passant par Kafka et les Nouveaux Romanciers (Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet). Sa conception de l'art pour l'art et son intransigeance esthétique en font une figure tutélaire pour tous les écrivains soucieux du travail de la langue. Son procès pour "Madame Bovary" a aussi posé des jalons importants pour la liberté d'expression et la création artistique.
