Introduction
Franz Kafka est une figure centrale de la littérature moderne, dont l'œuvre, publiée en grande partie à titre posthume contre sa volonté expresse, a profondément marqué la culture occidentale. Juif germanophone dans une Prague tchèque, employé de bureau dans une compagnie d'assurances, Kafka a vécu une existence déchirée entre les exigences de la vie pratique, les tensions familiales et un impératif intérieur d'écriture. Son univers fictionnel, peuplé de héros persécutés par des forces obscures, de procès sans motif et de métamorphoses inexplicables, capture l'aliénation de l'homme moderne face à un monde déshumanisé et bureaucratisé.
Jeunesse
Franz Kafka naît dans une famille de la bourgeoisie juive assimilée. Son père, Hermann, commerçant autoritaire et pragmatique, exerce une influence écrasante et conflictuelle sur lui, thème récurrent dans son œuvre et sa correspondance (notamment dans la « Lettre au père »). Il fait des études de droit à l'université allemande de Prague, obtenant son doctorat en 1906. Durant cette période, il se lie d'amitié avec Max Brod, qui deviendra son exécuteur testamentaire et, en le sauvant de l'oubli, son biographe et éditeur. Il découvre aussi la littérature et commence à écrire. En 1907, il entre à l'Assicurazioni Generali, puis à l'Institut d'assurances contre les accidents du travail du Royaume de Bohême, où il restera jusqu'en 1922. Ce travail de bureau, qu'il juge aliénant, nourrira sa vision des mécanismes administratifs absurdes.
Carriere
Kafka écrivait principalement la nuit, considérant sa production littéraire comme une nécessité vitale mais imparfaite. De son vivant, il ne publie que quelques recueils de nouvelles, comme « Méditation » (1913) et « Le Verdict » (1913), et des récits courts tels que « La Métamorphose » (1915) et « Dans la colonie pénitentiaire » (1919). Ses trois romans majeurs – « Le Procès », « Le Château » et « L'Amérique » (ou « Le Disparu ») – sont restés inachevés et ont été publiés après sa mort par Max Brod, qui a ignoré la demande de Kafka de brûler tous ses manuscrits. Sa vie sentimentale fut tumultueuse, marquée par des fiançailles rompues à plusieurs reprises avec Felice Bauer, puis une relation avec Milena Jesenská, sa traductrice tchèque, et enfin avec Dora Diamant. Atteint de tuberculose à partir de 1917, il passe les dernières années de sa vie en sanatoriums, où il écrit certaines de ses œuvres les plus sombres, avant de mourir en 1924.
Style
Le style de Kafka, d'une clarté et d'une précision presque cliniques, contraste violemment avec l'absurdité et l'angoisse des situations décrites. Cette « objectivité fantastique » crée un effet de réel qui rend d'autant plus crédible et terrifiant l'irruption de l'irrationnel. Sa prose est caractérisée par des phrases longues et complexes, un humour noir subtil, et une focalisation intense sur la perspective subjective du protagoniste, souvent un antihéros anonyme (Joseph K., K.) perdu dans un labyrinthe de règles incompréhensibles. L'ambiguïté est fondamentale : ses récits sont ouverts à de multiples interprétations (politique, psychanalytique, religieuse, existentialiste) sans jamais s'y réduire.
Oeuvres Majeures
« La Métamorphose » (1915) est son récit le plus célèbre : au réveil, Gregor Samsa se découvre transformé en un « insecte monstrueux », allégorie puissante de la honte, de l'aliénation et du rejet familial. « Le Procès » (publié en 1925) suit Joseph K., arrêté un matin sans savoir pourquoi, et engagé dans une procédure judiciaire opaque qui le broie progressivement. « Le Château » (1926) raconte la quête vaine de K., un arpenteur, pour accéder à l'autorité mystérieuse du Château et se faire reconnaître dans le village. « Dans la colonie pénitentiaire » (1919) explore la cruauté d'un système punitif auto-justifié. « La Colonie pénitentiaire » et « Un artiste de la faim » illustrent sa fascination pour l'extrême et le sacrifice.
Influence
L'influence de Kafka est immense et transversale. Le terme « kafkaïen » est entré dans le langage courant pour décrire une situation cauchemardesque, bureaucratique et absurde. Il est considéré comme un précurseur clé du réalisme magique latino-américain et de la littérature de l'absurde (Camus, Beckett). Son œuvre a nourri la réflexion existentialiste sur l'angoisse et la liberté. Elle a aussi été lue comme une prophétie des totalitarismes du XXe siècle et des mécanismes d'oppression administrative. Des philosophes (Adorno, Deleuze), des écrivains (Borges, Kundera, Saramago) et des artistes de tous horizons continuent de se réclamer de son héritage.
