Euripide

Euripide est l'un des trois grands tragédiens de la Grèce classique, avec Eschyle et Sophocle. Innovateur et contestataire, il a profondément renouvelé le genre tragique en y introduisant une psychologie complexe, une critique sociale et une remise en cause des mythes et des dieux traditionnels. Son œuvre, souvent sombre et réaliste, explore les passions humaines, la condition des femmes et les injustices sociales.

Introduction

Euripide est une figure majeure et paradoxale du théâtre antique. Considéré comme le plus moderne des trois grands tragiques, il fut aussi le plus controversé de son vivant, ne remportant que quatre victoires aux concours dramatiques d'Athènes contre plus d'une douzaine pour ses rivaux. Sa production, la plus abondante qui nous soit parvenue (19 pièces sur environ 90 écrites), témoigne d'un esprit critique et novateur qui a préparé l'avènement du drame psychologique et social. Exilé vers la fin de sa vie, il est mort en Macédoine, laissant une œuvre qui a connu un succès posthume immense et a durablement influencé la littérature occidentale.

Jeunesse

Né vers 480 av. J.-C., l'année même de la victoire navale grecque à Salamine, Euripide était issu d'une famille aisée. La légende, probablement forgée par la comédie, le dépeint comme misanthrope, retiré dans une grotte de Salamine pour méditer et écrire. Il reçut une éducation complète, incluant la philosophie (il fut peut-être l'auditeur d'Anaxagore) et la rhétorique. Cette formation intellectuelle se ressent dans ses pièces, où les débats d'idées et les joutes verbales occupent une place centrale. Contrairement à Eschyle et Sophocle, il ne semble pas avoir joué de rôle politique ou religieux majeur dans la cité d'Athènes.

Carriere

Euripide présente sa première tétralogie aux Grandes Dionysies d'Athènes en 455 av. J.-C., où il se classe troisième. Sa carrière s'étend sur près d'un demi-siècle, dans le contexte de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.), conflit qui marque profondément son œuvre, empreinte de désillusion et de critiques envers la guerre. Il ne remporte sa première victoire qu'en 441 av. J.-C. Son manque relatif de succès populaire à Athènes contraste avec sa renommée croissante. Vers la fin de sa vie, vers 408 av. J.-C., il accepte l'invitation du roi Archélaos de Macédoine et quitte Athènes. C'est là qu'il compose certaines de ses pièces les plus célèbres, comme "Les Bacchantes". Sa mort en 406 av. J.-C. est saluée à Athènes par Sophocle, qui fait porter le deuil à ses acteurs.

Style

Le style d'Euripide se caractérise par un réalisme et une modernité qui rompent avec la grandeur solennelle de ses prédécesseurs. Il humanise ses personnages, leur donnant une psychologie complexe et souvent contradictoire, dominée par les passions (amour, jalousie, folie). Il introduit le prologue explicatif et le deus ex machina (intervention divine pour résoudre l'intrigue). Sa langue est plus naturelle, mêlant lyrisme et dialogues prosaïques. Il accorde une place importante aux raisonnements logiques (les "rhéséis") et aux agons (duels verbaux). Enfin, il renouvelle le rôle du chœur, dont les interventions sont parfois moins intégrées à l'action.

Oeuvres Majeures

Parmi ses œuvres majeures, on trouve "Médée" (431 av. J.-C.), chef-d'œuvre explorant la vengeance d'une femme bafouée, qui pousse l'analyse psychologique à l'extrême. "Les Troyennes" (415 av. J.-C.) est une tragédie pacifiste dénonçant les horreurs de la guerre à travers le sort des femmes de Troie après la chute de la ville. "Électre" et "Oreste" revisitent le cycle des Atrides avec un regard critique sur la vengeance et la folie. "Iphigénie à Aulis" et "Iphigénie en Tauride" traitent du sacrifice et de la rédemption. Enfin, "Les Bacchantes" (jouée après sa mort) est une pièce ambiguë et puissante sur le conflit entre la raison (représentée par Penthée) et l'instinct religieux déchaîné (représenté par Dionysos).

Influence

L'influence d'Euripide est considérable et dépasse largement celle de ses contemporains. Considéré comme le précurseur du drame psychologique et social, il a inspiré les comédies nouvelles (Ménandre) puis, via les adaptations romaines (Sénèque), tout le théâtre classique européen. Les humanistes de la Renaissance le redécouvrent avec enthousiasme. Racine le vénérait et s'en est inspiré pour "Andromaque", "Iphigénie" et "Phèdre". Au XIXe et XXe siècles, des auteurs comme Goethe, Schiller, et plus récemment des dramaturges modernes (Sartre, Anouilh, Yourcenar) ont adapté ou réinterprété ses pièces. Sa remise en cause des conventions, son empathie pour les marginaux (femmes, étrangers, esclaves) et son questionnement des valeurs établies en font un auteur d'une étonnante modernité.

Citations celebres

Sources

  • Les Vies des dix orateurs (Pseudo-Plutarque)
  • Aristote, Poétique
  • Aristophane, Les Grenouilles (comédie critique)
  • Éditions et commentaires des pièces d'Euripide (Les Belles Lettres, Oxford Classical Texts)
  • Jacqueline de Romilly, La Modernité d'Euripide
  • Bernard Deforge, Euripide et la légende des chants cypriens
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