Traité de Rome

Signé le 25 mars 1957, le Traité de Rome est l'acte fondateur de la Communauté économique européenne (CEE). Il a établi un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux. Ce traité constitue la pierre angulaire de l'intégration européenne et l'ancêtre direct de l'Union européenne actuelle.

Introduction

Le Traité de Rome, officiellement intitulé 'Traité instituant la Communauté économique européenne' (CEE), est l'un des traités les plus déterminants de l'histoire européenne de l'après-guerre. Signé en même temps que le 'Traité instituant la Communauté européenne de l'énergie atomique' (Euratom), il marque une étape décisive dans le processus de construction européenne, passant d'une coopération sectorielle (charbon et acier) à une intégration économique globale. Son objectif central était de 'jeter les bases d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens'.

Description

Le traité, composé de 248 articles, établit un cadre institutionnel et juridique pour créer un marché commun. Ses dispositions principales incluent : l'élimination progressive des droits de douane et des restrictions quantitatives entre les États membres ; l'établissement d'un tarif douanier commun vis-à-vis des pays tiers ; la mise en place de politiques communes, notamment dans les domaines de l'agriculture (Politique agricole commune - PAC) et des transports ; la garantie d'une concurrence non faussée à l'intérieur du marché ; et la libre circulation des travailleurs. Il crée également les institutions principales pour faire fonctionner la CEE : la Commission (exécutif), le Conseil des ministres (législatif), l'Assemblée parlementaire (future Parlement européen) et la Cour de justice.

Histoire

Le contexte est celui de la reconstruction et de la recherche de la paix après les ravages de la Seconde Guerre mondiale. L'échec de la Communauté européenne de défense (CED) en 1954 pousse les partisans de l'intégration à se recentrer sur l'économie. Sur l'impulsion du rapport Spaak de 1956, des négociations sont lancées à Val Duchesse, en Belgique. Les six pays fondateurs de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) – la France, l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg – se réunissent finalement à Rome. Le traité est signé solennellement le 25 mars 1957 au Capitole, dans la salle des Horaces et des Curiaces, un lieu symbolique de paix et de réconciliation. Il entre en vigueur le 1er janvier 1958.

Caracteristiques

Le traité présente plusieurs caractéristiques fondamentales. C'est un traité à durée illimitée, marquant un engagement permanent. Il prévoit une intégration par étapes, avec des périodes de transition de 12 ans pour la mise en place complète du marché commun. Il combine des règles précises (pour l'union douanière) avec des objectifs à atteindre (pour les politiques communes), laissant une marge de manœuvre aux institutions. Enfin, il est conçu comme un traité 'ouvert', prévoyant explicitement la possibilité d'adhésions futures, ce qui a permis les élargissements successifs.

Importance

L'importance du Traité de Rome est immense et multiforme. Économiquement, il a catalysé une période de prospérité sans précédent (les 'Trente Glorieuses') en Europe de l'Ouest en créant un vaste marché intégré. Politiquement, il a ancré la réconciliation franco-allemande et a fourni un cadre stable pour la coopération, contribuant à ancrer la démocratie et la paix sur le continent. Il a servi de matrice institutionnelle et juridique pour toutes les avancées ultérieures. Les révisions successives (Acte unique, Traité de Maastricht, Lisbonne, etc.) ont construit l'Union européenne actuelle sur ses fondations. Son esprit d'intégration économique comme moyen d'atteindre des objectifs politiques reste le principe directeur de l'UE.

Anecdotes

La signature au Capitole

Le choix du lieu de signature, la mairie de Rome sur la colline du Capitole, était hautement symbolique. C'est là qu'en 1957, les six ministres des Affaires étrangères ont signé les traités. Le Capitole est un lieu emblématique de la Rome antique, associé à la paix et à la loi. Signer dans la salle des Horaces et des Curiaces, qui commémore la fin d'une guerre fratricide dans la mythologie romaine, envoyait un message puissant de réconciliation après les conflits dévastateurs du XXe siècle.

Le 'Marché commun' contre les 'États-Unis d'Europe'

Les négociations ont été marquées par un débat fondamental entre deux visions. La France, sous l'impulsion de Guy Mollet, privilégiait une approche pragmatique et économique : le 'marché commun'. Les pays du Benelux et l'Italie, influencés par Altiero Spinelli et les fédéralistes, militaient pour une intégration politique immédiate, voire une forme de 'gouvernement européen'. Le compromis final pencha en faveur de la vision française, économique et progressive, tout en incluant dans le préambule l'ambition politique d'une 'union sans cesse plus étroite'.

L'absence de l'Angleterre

Le Royaume-Uni fut invité aux négociations préliminaires mais déclina l'offre. Le gouvernement britannique, attaché à sa souveraineté et à ses relations privilégiées avec le Commonwealth, regardait avec scepticisme ce projet d'intégration supranationale. Il proposa à la place une simple zone de libre-échange (l'AELE). Cette décision de rester à l'écart en 1957 a profondément façonné la relation souvent tumultueuse du Royaume-Uni avec le projet européen, jusqu'à son retrait en 2020 (Brexit).

Sources

  • Traité instituant la Communauté économique européenne (Version originale, 1957), EUR-Lex.
  • Bitsch, M.-T. (2004). Histoire de la construction européenne. Éditions Complexe.
  • Dinan, D. (2014). Europe Recast: A History of European Union. Palgrave Macmillan.
  • Site officiel de l'Union européenne : CVCE (Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe).
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