Introduction
Le Traité de Lausanne est un accord de paix majeur du XXe siècle, signé entre les Alliés de la Première Guerre mondiale (principalement le Royaume-Uni, la France, l'Italie, le Japon, la Grèce, la Roumanie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes) et la Grande Assemblée nationale de Turquie, représentant le gouvernement d'Ankara dirigé par Mustafa Kemal (futur Atatürk). Il marque la reconnaissance internationale de la souveraineté et des frontières de la Turquie moderne, mettant un terme définitif à la 'Question d'Orient' qui préoccupait les chancelleries européennes depuis le déclin de l'Empire ottoman.
Description
Le traité est composé de 143 articles répartis en plusieurs sections. Ses dispositions principales concernent : 1) Les frontières : Il fixe les frontières terrestres de la Turquie avec la Grèce, la Bulgarie et les territoires sous mandat français (Syrie) et britannique (Irak). La Turquie renonce à toute revendication sur les anciens territoires arabes de l'Empire ottoman. La souveraineté turque sur les détroits des Dardanelles et du Bosphore est reconnue, mais leur démilitarisation et un régime de libre passage sont établis (Convention des Détroits). 2) Les échanges de populations : Une convention annexe organise un échange obligatoire et 'forcé' des populations entre la Grèce et la Turquie, concernant environ 1,5 million de Grecs orthodoxes d'Anatolie et 500 000 musulmans de Grèce, à l'exception des Grecs d'Istanbul et des musulmans de Thrace occidentale. 3) Les minorités : Il garantit les droits des minorités non-échangées (Arméniens, Juifs, Grecs d'Istanbul) sur la base de la réciprocité. 4) Les réparations : Il abolit le régime des capitulations (privilèges économiques et juridiques des étrangers) et annule les dettes de l'Empire ottoman, n'imposant pas de réparations de guerre à la Turquie.
Histoire
Le traité fait suite à la défaite catastrophique de la Grèce lors de la guerre gréco-turque (ou guerre d'Indépendance turque), culminant avec l'incendie de Smyrne (Izmir) en septembre 1922. Il remplace le traité de Sèvres (août 1920), imposé au sultan ottoman et qui prévoyait le démembrement de l'Anatolie entre les puissances victorieuses et la création d'un État arménien et d'une région autonome kurde. La résistance nationaliste menée par Mustafa Kemal rejeta Sèvres. Après la victoire militaire turque, une conférence de paix s'ouvrit à Lausanne (Suisse) en novembre 1922. Les négociations, ardues et souvent interrompues, durèrent huit mois. L'échec des pourparlers en février 1923 fut suivi d'une reprise en avril. La délégation turque, dirigée par İsmet İnönü, négocia avec ténacité, exploitant les divisions entre les Alliés. Le traité fut finalement signé le 24 juillet 1923.
Caracteristiques
Le Traité de Lausanne se distingue par plusieurs traits caractéristiques. C'est un traité 'négocié', contrairement au diktat de Sèvres, ce qui renforce sa légitimité aux yeux des Turcs. Il est fondé sur le principe de l'État-nation homogène, sacrifiant la multiethnicité historique de l'Anatolie au profit d'échanges de populations massifs et obligatoires, une solution alors considérée comme 'pacifique' pour résoudre les conflits minoritaires. Il consacre la victoire diplomatique et militaire du mouvement national turc et son rejet de l'ordre impérial ottoman et des ingérences étrangères. Enfin, il est durable : il reste, un siècle plus tard, le fondement juridique des frontières de la Turquie.
Importance
L'importance du Traité de Lausanne est immense. Il marque la naissance diplomatique de la République de Turquie, proclamée le 29 octobre 1923. Il a mis fin aux guerres balkaniques et à la Première Guerre mondiale pour la région, établissant une relative stabilité frontalière qui a globalement tenu. Les échanges de populations ont redessiné durablement la démographie de la Grèce et de la Turquie, créant des traumatismes profonds et des questions d'identité qui résonnent encore. Le traité est considéré comme un succès fondateur et un symbole de souveraineté en Turquie, où son anniversaire est commémoré. À l'inverse, pour les Arméniens et certains Kurdes, il représente l'enterrement définitif de leurs aspirations nationales après le génocide arménien et l'échec des promesses de Sèvres. Son héritage géopolitique pèse toujours sur les relations gréco-turques, notamment concernant la mer Égée et Chypre.
