Introduction
Le Traité de Francfort est l'acte diplomatique qui scelle la victoire écrasante de la Confédération de l'Allemagne du Nord, dirigée par le royaume de Prusse et son chancelier Otto von Bismarck, sur le Second Empire français de Napoléon III. Signé après la capitulation de Paris et l'écrasement de la Commune, il ne fait qu'entériner les préliminaires de paix négociés à Versailles en février 1871. Bien plus qu'une simple fin de conflit, il redessine la carte de l'Europe occidentale, consacre l'unité allemande sous l'égide prussienne et installe une rancœur profonde entre les deux nations, posant les germes des conflits futurs.
Description
Le traité est composé de 17 articles. Ses clauses principales sont territoriales, financières et symboliques. Sur le plan territorial, la France cède à l'Empire allemand nouvellement proclamé (le 18 janvier 1871 dans la Galerie des Glaces de Versailles) l'intégralité de l'Alsace (sauf le Territoire de Belfort, jugé trop stratégique) et le nord-est de la Lorraine, comprenant Metz et le bassin houiller de la Sarre. Ces territoires, désignés comme le 'Reichsland d'Alsace-Lorraine', deviennent une terre d'Empire directement administrée par Berlin. Une clause permet aux habitants de ces régions, jusqu'au 1er octobre 1872, d'opter pour la nationalité française et de quitter le territoire, ce que feront environ 160 000 personnes (les 'Optants'). Financièrement, la France doit payer une indemnité de guerre colossale de 5 milliards de francs-or, payable en trois ans. Une occupation militaire allemande de plusieurs départements du nord-est de la France est maintenue en garantie du paiement. Le traité prévoit également une entrée triomphale des troupes allemandes dans Paris (limitée aux Champs-Élysées) et des facilités commerciales.
Histoire
La guerre éclate en juillet 1870, suite à la dépêche d'Ems habilement manipulée par Bismarck. Les défaites françaises s'enchaînent (Sedan, Metz). L'Empire s'effondre le 4 septembre 1870, la République est proclamée. Le gouvernement de la Défense nationale poursuit la guerre, mais Paris est assiégé et capitule le 28 janvier 1871. Des élections législatives portent au pouvoir une Assemblée nationale à majorité monarchiste et pacifiste, avec Adolphe Thiers comme 'chef du pouvoir exécutif'. Les préliminaires de paix, âprement négociés par Thiers et Jules Favre avec Bismarck à Versailles, sont signés le 26 février et ratifiés par l'Assemblée le 1er mars. La période entre ces préliminaires et la signature définitive à Francfort est marquée par l'insurrection de la Commune de Paris (mars-mai 1871), que Thiers réprime avec une extrême violence, aidé implicitement par les Allemands qui libèrent des prisonniers de guerre pour cette tâche. Le traité définitif est finalement signé le 10 mai 1871 à l'hôtel du Cygne à Francfort-sur-le-Main, par Jules Favre pour la France et par Bismarck pour l'Allemagne.
Caracteristiques
Le traité présente plusieurs caractéristiques marquantes. C'est un *Diktat* (traité imposé), la France vaincue n'ayant aucune marge de négociation sur les termes essentiels. Il est fondé sur une logique de puissance et de réalisme politique bismarckien, visant à affaiblir durablement la France tout en consolidant l'unité allemande par une victoire commune. La cession de territoires peuplés majoritairement de germanophones (Alsace) mais aussi de francophones (une partie de la Lorraine, Metz) rompt avec le principe des nationalités pour privilégier des arguments stratégiques (frontières militaires) et économiques (bassin houiller). L'indemnité, bien que gigantesque, est calculée pour être payable et évite une occupation prolongée ; la France l'honorera même avec deux ans d'avance, libérant son territoire en 1873.
Importance
L'importance du Traité de Francfort est immense et durable. Pour l'Allemagne, il parachève l'unification et fait du nouvel Empire une grande puissance continentale dominante. Pour la France, c'est une humiliation nationale profonde, un traumatisme qui nourrit un puissant sentiment revanchard, cristallisé autour de la 'question d'Alsace-Lorraine'. Cette perte et l'isolement diplomatique qui s'ensuit deviennent des moteurs de la politique française pendant des décennies, orientant la IIIe République vers un effort de redressement militaire, colonial et éducatif. Le traité instaure une rivalité franco-allemande structurelle qui sera l'une des causes majeures de la Première Guerre mondiale. Il marque aussi la fin de la prépondérance française en Europe continentale et l'avènement de l'équilibre des puissances centré sur Berlin. En Alsace-Lorraine, il crée une situation conflictuelle d'identité et une administration autoritaire qui alimenteront des tensions jusqu'en 1918.
