Introduction
Le Traité d'Utrecht désigne en réalité un ensemble de conventions bilatérales signées entre 1713 et 1715 dans la ville néerlandaise d'Utrecht. Ces accords concluent la longue et dévastatrice guerre de Succession d'Espagne (1701-1714), un conflit qui avait opposé une grande coalition européenne, menée par l'Angleterre, les Provinces-Unies et l'Autriche, à la France et à l'Espagne de Philippe V. Plus qu'une simple paix, Utrecht constitue un règlement diplomatique global visant à établir un 'équilibre des pouvoirs' pour préserver la stabilité du continent.
Description
Les négociations, ouvertes en 1712, aboutissent à une série de traités séparés signés principalement en avril 1713. Les principaux sont le traité de paix et d'amitié entre la France et la Grande-Bretagne, et celui entre l'Espagne et la Grande-Bretagne. D'autres accords suivront en 1714 et 1715. Le règlement repose sur plusieurs principes clés : la séparation des couronnes de France et d'Espagne, des compensations territoriales pour les puissances victorieuses, et la reconnaissance de la légitimité de Philippe V comme roi d'Espagne, mais au prix de renonciations cruciales. Le pape Clément XI, hostile à ces négociations menées sans son arbitrage, les condamnera par la bulle 'Unigenitus' en 1713, sans effet.
Histoire
La guerre éclate à la mort du dernier Habsbourg d'Espagne, Charles II, qui désigne Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, comme son héritier. La perspective d'une union dynastique entre la France et l'Espagne, menaçant l'équilibre européen, provoque la formation de la Grande Alliance de La Haye. Après plus d'une décennie de guerre marquée par des batailles célèbres (Blenheim, Ramillies, Malplaquet) et un épuisement général, les belligérants, notamment l'Angleterre dirigée par le gouvernement Tory de Robert Harley, cherchent une sortie négociée. Les préliminaires sont signés à Londres en 1711, ouvrant la voie au congrès d'Utrecht.
Caracteristiques
Les dispositions territoriales sont au cœur du traité. La Grande-Bretagne en est la grande bénéficiaire : elle obtient Gibraltar et Minorque (assurant la maîtrise de la Méditerranée occidentale), l'Acadie (Nouvelle-Écosse), Terre-Neuve et la baie d'Hudson en Amérique du Nord, ainsi que l'asiento (monopole de la traite des esclaves) vers l'Amérique espagnole pour trente ans. La Savoie reçoit la Sicile et des gains territoriaux en Italie. Les Provinces-Unies acquièrent le droit de garnisonner des places fortes dans les Pays-Bas espagnols (la 'Barrière'). La Prusse est reconnue comme royaume. La France, quant à elle, doit reconnaître la succession protestante en Grande-Bretagne, évacuer ses garnisons des Pays-Bas et céder des territoires, mais préserve ses frontières de 1697 et obtient la reconnaissance de Philippe V. L'Espagne perd ses possessions italiennes et européennes au profit de l'Autriche des Habsbourg, qui reçoit les Pays-Bas espagnols, le Milanais, Naples et la Sardaigne.
Importance
Le Traité d'Utrecht est un tournant majeur dans l'histoire diplomatique européenne. Il consacre pour la première fois explicitement le principe de l'équilibre des pouvoirs (balance of power) comme fondement de l'ordre international, visant à empêcher l'hégémonie d'un seul État. Il marque l'émergence de la Grande-Bretagne comme première puissance maritime, commerciale et coloniale, jetant les bases de son empire. Il entérine le déclin relatif de la France de Louis XIV et la perte de l'empire méditerranéen de l'Espagne. En Amérique du Nord, les gains britanniques plantent les germes des futurs conflits avec la France. Enfin, le recours à un congrès multilatéral et à des traités bilatéraux simultanés influencera profondément la diplomatie future, jusqu'au Congrès de Vienne de 1815.
