Introduction
La Paix de Westphalie désigne les deux traités de paix majeurs signés en octobre 1648 dans les villes de Münster et d'Osnabrück, en Westphalie (Saint-Empire romain germanique). Ces accords, négociés parallèlement, conclurent simultanément la guerre de Trente Ans (1618-1648), conflit dévastateur principalement centré sur le Saint-Empire, et la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) entre l'Espagne et les Provinces-Unies. Plus qu'une simple fin des hostilités, ils constituèrent une refondation constitutionnelle et diplomatique de l'Europe.
Description
Les traités sont au nombre de deux : la paix de Münster (janvier 1648, ratifiée en mai) entre l'Espagne et les Provinces-Unies, et les traités de Münster et d'Osnabrück (signés en octobre 1648), qui règlent les affaires du Saint-Empire. Les négociations, ouvertes en 1643, impliquèrent une multitude d'acteurs : l'Empereur Ferdinand III, les princes et États impériaux, la France (représentée par le duc de Longueville et d'Avaux), la Suède (représentée par Johan Oxenstierna), les Provinces-Unies, l'Espagne, le Saint-Siège et Venise comme médiateur. Le processus fut révolutionnaire par son caractère quasi-congrès, où les parties négociaient directement, rompant avec la tradition des médiations pontificales ou impériales exclusives.
Histoire
La guerre de Trente Ans, déclenchée par la Défenestration de Prague en 1618, était à l'origine un conflit religieux entre princes catholiques et protestants au sein du Saint-Empire, mais elle dégénéra en une guerre européenne générale impliquant les puissances dynastiques des Habsbourg (d'Autriche et d'Espagne) contre une coalition menée par la France de Richelieu puis Mazarin, et la Suède de Gustave II Adolphe. Les traités de Westphalie sanctionnèrent l'échec des Habsbourg à imposer une domination hégémonique et religieuse sur l'Empire. Les négociations, complexes, aboutirent à un compromis global qui redessina la carte politique et religieuse de l'Europe centrale.
Caracteristiques
Les dispositions des traités sont vastes. Sur le plan religieux, elles confirment et étendent la paix d'Augsbourg (1555) : le principe "cujus regio, ejus religio" est réaffirmé, le Calvinisme est reconnu comme une confession officielle aux côtés du Luthéranisme et du Catholicisme, et la date de normalisation ("année normale") est fixée au 1er janvier 1624, restituant les biens ecclésiastiques tels qu'ils étaient à cette date. Sur le plan politique, la souveraineté des États impériaux (princes, villes libres) est renforcée : ils obtiennent le droit de faire des alliances étrangères, pourvu qu'elles ne soient pas dirigées contre l'Empereur ou l'Empire. L'Empire devient ainsi une confédération plus lâche. Territorialement, la France acquiert la souveraineté sur les Trois-Évêchés (Metz, Toul, Verdun) et des droits sur l'Alsace (sans Strasbourg). La Suède obtient la Poméranie occidentale et des évêchés, devenant prince d'Empire avec un siège à la Diète. La Suisse et les Provinces-Unies voient leur indépendance pleinement reconnue. L'Autriche des Habsbourg est affaiblie au sein de l'Empire mais renforcée dans ses possessions héréditaires.
Importance
La Paix de Westphalie est considérée comme une pierre angulaire de l'histoire moderne. Elle marque la fin des guerres de religion à grande échelle en Europe et le début de l'ère de la raison d'État. Son importance réside dans l'établissement du "système westphalien", fondé sur les principes de souveraineté étatique (autorité suprême à l'intérieur d'un territoire), d'égalité juridique entre les États (même de puissance différente) et de non-ingérence dans les affaires intérieures. Elle instaure l'idée d'un équilibre des puissances ("balance of power") comme mécanisme de stabilité. Ce système a structuré les relations internationales jusqu'au XXe siècle, voire au-delà. Elle consacre également le déclin de l'autorité universelle de l'Empereur et du Pape, et l'avènement de l'État-nation comme acteur principal de la scène internationale.
