Introduction
La Révolution mexicaine est un événement fondateur du Mexique moderne. Elle éclate en 1910 comme une révolte politique contre la réélection du président Porfirio Díaz, au pouvoir depuis plus de trente ans (le Porfiriato). Elle se transforme rapidement en une guerre civile complexe et sanglante, impliquant une mosaïque de forces sociales (paysans, ouvriers, classes moyennes) et de chefs charismatiques aux idéologies divergentes. Plus qu'un simple changement de gouvernement, elle fut une véritable guerre sociale pour la terre, la liberté et les droits des travailleurs.
Description
La révolution est caractérisée par l'absence d'un commandement unifié et par la succession d'alliances et de trahisons entre ses principaux acteurs. Elle combine des objectifs politiques libéraux (suffrage effectif, non-réélection) avec des revendications sociales radicales, notamment la réforme agraire et les droits des travailleurs. Le conflit fut extrêmement violent, causant entre 1 et 2 millions de morts sur une population de 15 millions. Il se déroula en plusieurs phases, voyant s'affronter et se succéder des figures emblématiques comme Francisco I. Madero, Emiliano Zapata, Pancho Villa, Venustiano Carranza et Álvaro Obregón. La lutte se termina par l'instauration d'un nouvel ordre institutionnel, dominé par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui gouverna le pays pendant 71 ans.
Histoire
La révolution débute avec l'appel à l'insurrection de Francisco I. Madero le 20 novembre 1910, contre la réélection frauduleuse de Díaz. Díaz démissionne et s'exile en mai 1911. Madero est élu président mais déçoit rapidement par sa modération. En 1913, le général Victoriano Huerta le fait assassiner et prend le pouvoir par un coup d'État. S'ensuit une phase de lutte contre l'usurpateur Huerta, qui unit les forces de Venustiano Carranza (chef constitutionnaliste), Pancho Villa (Division du Nord) et Emiliano Zapata (Armée de libération du Sud, défendant le Plan d'Ayala pour la terre). Huerta est vaincu en 1914. La coalition victorieuse se fracture aussitôt : la Convention d'Aguascalientes oppose les villistes et zapatistes, plus radicaux, aux constitutionnalistes de Carranza. Ces derniers l'emportent après des batailles décisives. Carranza convoque un congrès constituant qui promulgue la Constitution de 1917. La lutte continue cependant contre Villa et Zapata, assassinés en 1919 et 1920. Carranza est lui-même renversé et tué en 1920. La phase militaire active prend fin avec la présidence d'Álvaro Obregón (1920-1924), qui commence à appliquer certaines réformes.
Caracteristiques
1. **Révolution paysanne** : Mobilisation massive des communautés rurales pour la restitution des terres (ejidos), symbolisée par Zapata (« La terre à ceux qui la travaillent »). 2. **Régionalisme et caciquisme** : Importance des chefs locaux (caciques) et des armées régionales (Villa au Nord, Zapata au Sud). 3. **Idéologies multiples** : Coexistence du libéralisme politique madériste, de l'agrarisme zapatiste, du populisme social de Villa et du nationalisme modernisateur de Carranza et Obregón. 4. **Rôle des femmes (soldaderas)** : Participation cruciale comme combattantes, infirmières, espionnes et intendantes (les « Adelitas »). 5. **Culture et symbolisme** : La révolution a généré un immense patrimoine culturel (muralisme de Diego Rivera, littérature de la Révolution avec Mariano Azuela, photographies, corridos). 6. **Intervention étrangère limitée** : Incursion américaine pour capturer Villa (1916-1917) et ventes d'armes, mais pas d'occupation durable.
Importance
La Révolution mexicaine est l'événement central de l'histoire contemporaine du Mexique. Sa principale réalisation est la Constitution de 1917, pionnière en intégrant des droits sociaux (article 27 sur la propriété de la terre et du sous-sol, article 123 sur le droit du travail). Elle mit fin au système de grandes propriétés (haciendas) et posa les bases de l'État-nation moderne, séculier et interventionniste. Elle légitima la réforme agraire et le syndicalisme officiel. Culturellement, elle forgea le mythe fondateur de la nation post-révolutionnaire, célébré par l'État du PRI. Son héritage reste toutefois ambigu : si elle créa des institutions stables, elle engendra aussi un parti hégémonique et une bureaucratie souvent clientéliste. Les promesses de justice sociale restèrent en grande partie inachevées, alimentant des conflits postérieurs.
