Révolution de Velours

La Révolution de Velours est un mouvement pacifique qui a mis fin au régime communiste en Tchécoslovaquie en novembre-décembre 1989. Elle a été caractérisée par des manifestations de masse, des grèves étudiantes et un dialogue entre l'opposition et le gouvernement. Son nom évoque la transition douce et non-violente vers la démocratie.

Introduction

La Révolution de Velours (en tchèque : Sametová revoluce) désigne la série d'événements politiques survenus en Tchécoslovaquie entre le 17 novembre et le 29 décembre 1989. Elle a conduit au renversement pacifique du régime communiste au pouvoir depuis le coup de Prague de 1948. Cette révolution s'inscrit dans le contexte plus large de l'effondrement des régimes communistes en Europe centrale et orientale à la fin des années 1980, mais elle se distingue par son caractère strictement non-violent et sa rapidité.

Description

La révolution a été menée par une coalition hétéroclite d'opposants, principalement le Forum civique (Občanské fórum) en République tchèque, dirigé par le dramaturge dissident Václav Havel, et Public contre la Violence (VPN) en Slovaquie. Le mouvement a utilisé la pression populaire, les grèves générales et les négociations pour forcer le Parti communiste tchécoslovaque (KSČ) à abandonner le pouvoir. Le processus a abouti à l'élection de Václav Havel à la présidence de la République le 29 décembre 1989 et à la formation d'un gouvernement de coalition majoritairement non-communiste. La transition s'est faite sans effusion de sang, d'où l'adjectif 'de velours'.

Histoire

Les prémices de la révolution remontent à la répression du Printemps de Prague en 1968, qui a laissé une société civile profondément frustrée. Le déclencheur immédiat fut la répression violente d'une manifestation étudiante pacifique commémorant la mort d'un étudiant en 1939, le 17 novembre 1989 à Prague. La rumeur (infondée) de la mort d'un étudiant lors de cette dispersion a provoqué une indignation massive. Les jours suivants, les théâtres sont devenus des centres de débats politiques, et des manifestations quotidiennes rassemblant des centaines de milliers de personnes ont eu lieu place Venceslas et place Letná à Prague. Le 27 novembre, une grève générale de deux heures a paralysé le pays, démontrant le soutien populaire écrasant à l'opposition. Face à cette pression, le gouvernement a entamé des 'pourparlers à la table ronde' avec le Forum civique. Le 10 décembre, le président Gustáv Husák a nommé le premier gouvernement largement non-communiste depuis 1948 et a démissionné. Václav Havel fut élu président par l'Assemblée fédérale le 29 décembre, scellant la victoire de la révolution.

Caracteristiques

1. **Pacifisme absolu** : Aucune violence n'a été employée par les révolutionnaires, malgré la présence initiale des forces de l'ordre. La stratégie était de 'désarmer' le pouvoir par le nombre et la discipline. 2. **Rôle central de la culture et des intellectuels** : Les artistes, écrivains et étudiants ont été les moteurs initiaux. Les théâtres ont servi de quartiers généraux. 3. **Leadership charismatique et symbolique** : Václav Havel, ancien prisonnier politique et figure morale, a incarné les aspirations démocratiques. 4. **Utilisation de symboles** : Le cliquetis des clés, agitées par les manifestants, symbolisait l'ouverture des portes de la liberté et la sonnerie du glas pour le régime. 5. **Convergence des forces** : L'alliance entre les étudiants, les artistes, les ouvriers (via les grèves) et une partie de l'appareil d'État a été cruciale. 6. **Contexte international favorable** : La politique de la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev en URSS a empêché une intervention militaire soviétique, contrairement à 1968.

Importance

La Révolution de Velours a eu un impact profond. Sur le plan national, elle a restauré la démocratie parlementaire et les libertés fondamentales, et a ouvert la voie à la transition vers une économie de marché. Elle a également, de manière plus complexe, conduit à la 'séparation de velours' en 1993, la partition pacifique de la Tchécoslovaquie en deux États indépendants, la République tchèque et la Slovaquie. Sur le plan international, elle a contribué à accélérer la dissolution du bloc de l'Est et du pacte de Varsovie. Elle reste un modèle emblématique de révolution non-violente réussie, étudiée dans le monde entier. Son héritage est cependant parfois discuté, notamment concernant les aspects de la décommunisation et les inégalités économiques apparues après 1989.

Anecdotes

Le pouvoir des clés

L'un des sons les plus marquants des manifestations était le bruit de milliers de trousseaux de clés agités par les manifestants. Ce geste symbolisait à la fois l'ouverture des portes de la prison dans laquelle le pays était enfermé et la sonnerie du glas (comme des cloches) pour le régime communiste. C'était un acte de protestation à la fois poétique et extrêmement puissant.

La rumeur qui a tout changé

Après la dispersion violente de la manifestation du 17 novembre, une rumeur s'est répandue comme une traînée de poudre : un étudiant nommé Martin Šmíd aurait été tué par la police. Bien que cette information se soit avérée fausse (elle aurait été propagée par un agent de la StB, la police secrète), elle a joué un rôle décisif en galvanisant l'indignation nationale et en poussant des citoyens jusqu'alors hésitants à rejoindre le mouvement de protestation.

Le quartier général des acteurs

Dès le 19 novembre, les acteurs des théâtres praguois, en grève, ont transformé leurs salles en centres politiques. Le Théâtre de la Balustrade et le Théâtre Magic Lantern (Laterna magika) sont devenus les lieux de réunion du Forum civique. C'est depuis la scène du Magic Lantern que Václav Havel et les autres dirigeants s'adressaient à la presse et organisaient la stratégie de la révolution.

Le premier ministre communiste qui a cédé

Lors des négociations à la table ronde, le Premier ministre communiste Ladislav Adamec a d'abord tenté de proposer un gouvernement à majorité communiste. Face au refus catégorique du Forum civique et à l'annonce d'une nouvelle grève générale, il a finalement présenté, le 3 décembre, un gouvernement où les communistes n'étaient plus majoritaires. Cette capitulation a marqué un tournant irréversible dans le transfert du pouvoir.

Sources

  • Havel, Václav. 'Mémoires' et divers essais politiques.
  • Suk, Jiří. 'Labyrintem revoluce: Aktéři, zápletky a křižovatky jedné politické krize' (éd. standard en tchèque, référence académique majeure).
  • Wheaton, Bernard, et Kavan, Zdeněk. 'The Velvet Revolution: Czechoslovakia, 1988-1991'.
  • Documentaires et archives de la Radio Télévision Tchèque (Česká televize).
  • Institut pour l'étude des régimes totalitaires (ÚSTR) à Prague.
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